mercredi 1 avril 2015

Les Mahorais, le pont des mirages et la poule aux œufs d'or


Pour ceux qui ne connaissent pas notre belle île, Mayotte, située dans le Canal du Mozambique, entre Madagascar et la côte africaine, est un ensemble d’îles dont seules les trois plus grandes – Grande Terre, Petite Terre et Mtsamboro – sont habitées en permanence. L’essentiel de la population vit sur Grande Terre, de très loin la plus grande, mais pour des raisons historiques, Petite Terre, pourtant bien plus petite et moins peuplée, abrite de nombreux services essentiels – dont l’aéroport, un centre militaire d’écoute, l’essentiel des gendarmes, des militaires, des ressources énergétiques de l’île, et la résidence du préfet.

Pour passer de Grande Terre à Petite Terre, le citoyen lambda (c’est-à-dire celui qui ne dispose pas de sa vedette personnelle) utilise une barge. Il y en a quatre par heure (donc une tous les quarts d’heure) : deux prioritairement destinées aux piétons, et deux prioritairement destinées aux voitures (mais les piétons peuvent également y monter). La traversée elle-même dure une quinzaine de minutes.

Le 1er avril 2014, le quotidien France Mayotte publiait un poisson d’avril selon lequel le Conseil Général étudierait la construction d’un pont reliant les deux îles principales. L’ouvrage, qui devrait mesurer près de 2 000 m. et serait estimé à près de 200 millions d’euros, viendrait remplacer les barges. Seulement voilà : le poisson d’avril n’en était pas un, et le projet est bien réel, même s’il ne devait pas être rendu public si tôt.

Depuis, le sujet est un des serpents de mer de Mayotte. Et, de manière assez surprenante, beaucoup s’en réjouissent. On entend ainsi dire que le projet est essentiel au développement de l’île, et qu’en facilitant le passage d’une île à l’autre, il permettra à l’économie locale de prospérer. Bien sûr, chacun reconnaît que ce ne sera pas très bon pour l’environnement (bel euphémisme pour ce qui serait en réalité une véritable catastrophe écologique) ; mais comme souvent, l’argument est balayé, la nature, éternelle sacrifiée, ne faisant pas le poids face aux profits.

Eh bien soit, ne parlons pas de l’environnement. Ne rappelons pas qu’outre sa valeur propre, il nous nourrit, nous fait respirer, bref nous fait vivre. Parlons d’économie, parlons d’argent, rien que d’argent. Et rappelons la bonne vieille fable de La Fontaine, « La poule aux œufs d’or ». Voilà un poème que les membres du Conseil Général seraient bien inspirés de relire ! Il n’est pas bien long ; qu’il me soit permis de le leur adresser :

L’avarice perd tout en voulant tout gagner ;
Je ne veux, pour le témoigner,
Que celui dont la Poule, à ce que dit la Fable,
Pondait tous les jours un œuf d’or.
Il crut que dans son corps elle avait un trésor.
Il la tua, l’ouvrit, et la trouva semblable
À celles dont les œufs ne lui rapportaient rien,
S’étant lui-même ôté le plus beau de son bien.
Belle leçon pour les gens chiches :
Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus
Qui du soir au matin sont pauvres devenus
Pour vouloir trop tôt être riches ?

Voilà qui va comme un gant à nos dirigeants locaux. Car enfin, soyons sérieux : ce pont est-il nécessaire ? Si Mayotte était Paris ou Londres, il est clair qu’on ne pourrait se contenter de barges ; mais Mayotte, n’en déplaise à certains, ne sera jamais Paris ou Londres. Elle peut espérer se développer, bien sûr, mais elle ne deviendra pas un des grands pôles de l’économie mondiale. Ce qui freine le développement de l’île, ce n’est pas l’absence de pont, ce sont la corruption, l’absence de perspective claire et de vision à long terme, la mauvaise utilisation des fonds français et européens.

Sur quoi Mayotte peut-elle espérer fonder un développement sérieux ? Quels sont les secteurs économiques à mettre en valeur et à aider ? Il n’y en a que deux. Le premier est bien sûr le tourisme, en particulier celui qui est lié au lagon. C’est tout de même l’atout numéro 1 du département ! 1 100 Km2, un des plus grands du monde, des îlots de toute beauté, une riche vie sous-marine : c’est, à l’évidence, là que se trouve le plus gros potentiel de développement.

Le deuxième est l’agriculture de luxe à haut rendement : je pense en particulier à la culture des plantes aromatiques, à cosmétiques et à parfums. Mayotte n’est-elle pas surnommée « l’île aux parfums » ? Développer la culture de l’ylang, du frangipanier, mais aussi des épices (vanille, cannelle, cumin, gingembre etc.), si possible en biologique, permettrait le développement d’un secteur exportateur à haute valeur ajoutée.

Le point commun entre ces deux secteurs, les seuls qui soient à même de permettre un développement réel et durable de l’île ? Ils sont fortement dépendants de l’environnement. Voilà la vérité : en-dehors de son environnement, de sa biodiversité, de sa faune et de sa flore, de ses paysages terrestres, marins et sous-marins, Mayotte n’a aucune richesse. Dégrader l’environnement en s’imaginant qu’on en retirera des richesses et un développement économique, c’est exactement tuer la poule aux œufs d’or : c’est sacrifier la seule vraie richesse présente de l’île au profit de richesses futures hypothétiques, pour tout dire de pures illusions.

Projet pharaonique, extrêmement coûteux, extrêmement nuisible pour l’environnement, aux retombées économiques incertaines : on retrouve finalement pour le pont de Mayotte tous les ingrédients d’aberrations similaires, de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, à Nantes, au barrage de Sivens, dans le Tarn – qui a fait un mort.

La vérité, c’est aussi que ce projet de pont, s’il devait être réalisé, profiterait surtout, comme tous les autres projets du même ordre, à une poignée de personnes, politiciens ou entrepreneurs. Il faut se demander à qui. Et refuser, de toutes nos forces, que quelques individus, pour empocher personnellement des profits faramineux, détruisent ou dégradent l’environnement mahorais, c’est-à-dire le patrimoine et la richesse qui appartiennent à tous.

2 commentaires:

  1. je pense que cette idée de crée ce fameux "pont" dans notre îles est trop "banale"... il faut savoir tout d'abord qu'il y a des êtres vivants dans cette environnement qui ont leurs part dans ce Lagon... ils ont d'ailleurs beaucoup souffert, car avant tout il faut savoir qu'il y a des endroit où on jette des déchet dans le Lagon... certes pour eux, pour leurs vision c'est pour le développement de l'île... mais est-ce-que en installant ce fameux "pont" pour relié la grande et petite terre ne serai pas un dommage naturelle pour nous ? même si c'est pas tout les animaux marins qui vont quitter les lieux mais il faut savoir que: plus il y a des animaux qui disparaissent, et plus le monde (la vie) est en train de disparaitre.
    ..De plus combien de gens à Mayotte aiment manger les poissons ?? donc il faut sans doute savoir que là , c'est une partit de la richesse de notre île qui sera supprimer en croyant que c'est ce "pont" là qui va attirer de l'argent ici .. .

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  2. Je pense aussi que cet idée de crée un pont entre la petite et la grande terre est une idée de mauvais augure. Ceci dit le lagon mahorais contiens beaucoup de richesses comme le poisson ainsi que des merveilles sont aussi présent et visible au sein de ce lagon jugée comme faisant parti des lagons les plus beaux du monde entier. la pêche et le tourisme sont les principales sources de plaisir lés au tourisme dans l’océan indien et dans l'île de Mayotte, je défend aussi en d'autre termes l'idée de crée un pont car le jour où les barges tomberons en panne la communication entre les deux iles sera difficile voir impossible voyez vous, ce projet et un projet sur le que l il faut se creuser la tête comme le projet de la piste longue qui emploi des facteurs économiques et environnementales. Des projet sont visibles dans le département de Mayotte comme le fameux projet de la zac du soleil levant dans le quartier nord de Mamoudzou, ces projets sont fascinant mais une question se pose donc:
    "C'est bien beau de programmée des projets mais encore quand et comment ces projet serons visibles?"
    Vous comprenez mes propos

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