samedi 30 mai 2020

La papesse Anne


Tolkien, dans une de ses lettres, affirme que seul celui qui s’écrit : « Nolo episcopari ! », « Je ne serai jamais évêque ! », peut faire un bon évêque. Saine logique, et qu’il applique à toute politique : si tout pouvoir corrompt, l’exercice du pouvoir corrompt moins celui qui n’a pas recherché le pouvoir, mais l’a reçu par hasard, par les circonstances, par la force des choses, et si possible malgré lui. C’est en suivant cette logique, foncièrement vraie, juste, bonne, que l’Église n’organise pas de candidatures pour le poste d’évêque. On ne « postule » pas au poste ou à la fonction d’évêque, on est censé être « appelé » à cette mission. Catholique, je ne dis pas qu’il n’y a pas du vrai là-dedans, mais il y a aussi une part de mythe : concrètement, d’ordinaire, lors de la vacance d’un siège épiscopal, c’est le nonce apostolique, c’est-à-dire l’ambassadeur du Saint-Siège dans chaque pays, qui propose une liste de noms, parmi lesquels le pape fait son choix. Ça laisse quand même le champ libre à pas mal de politique, avec des candidatures plus ou moins explicites et revendiquées.

On pourrait d’ores et déjà noter que ce mode de désignation, sur lequel les catholiques sont généralement muets (quand ils en ont connaissance, ce qui n’est pas toujours le cas), n’est pas forcément idéal. Il existerait certainement une marge de manœuvre entre la foire d’empoigne et l’affrontement des egos qu’implique une campagne électorale avec candidature déclarée d’une part, et ce fonctionnement secret et hyper-centralisé d’autre part. Le nonce est-il forcément le seul à avoir son mot à dire ? Ne pourrait-on pas imaginer, par exemple, une liste de trois noms proposés par le nonce pour l’un, par la conférence des évêques nationale pour l’autre, par les fidèles du diocèse pour le dernier, et entre lesquels le pape ferait son choix ? On m’objectera que le pape pourrait choisir systématiquement le nom proposé par le nonce. Certes ; au moins les choses seraient-elles claires. Et encore peut-on imaginer d’autres systèmes, ce n’est là qu’un exemple.

Mais je ne suis pas ici pour refaire le monde, ni même l’Église : l’important est que, telles que les choses sont organisées, il n’y a pas de candidatures : on ne postule pas pour devenir évêque. Et c’est ce sur quoi s’appuient les critiques, aussi acerbes que nombreux, de la démarche d’Anne Soupa.

Pour ceux qui ne sont pas au courant, suite à la démission du cardinal Barbarin, archevêque de Lyon, primat des Gaules, Anne Soupa[1], théologienne, bibliste et essayiste, a décidé de présenter sa candidature à sa succession. Aussitôt les esprits chagrin de hurler à l’arrogance, au geste déplacé, à la provocation. Et tout lui est reproché. Certains ne la trouvent pas assez à gauche, et veulent lui faire payer un macronisme réel ou supposé. Anne Soupa est-elle macroniste ? Je suis assez porté à croire que oui, même si n’est pas de ça que j’ai pu parler avec elle ; et si c’est bien le cas, c’est effectivement un (gros) désaccord entre elle et moi.

Mais franchement, est-ce bien la question ? Choisit-on un évêque pour son positionnement politique ? Évidemment, je préférerais un évêque proche de Mélenchon à un autre proche de Macron ; je préférerais un évêque écologiste radical à un proche de Mélenchon ; et je préférerais encore un évêque ardorien à un simple écolo radical. Mais ce que je peux préférer à titre personnel n’a que peu d’importance ; il s’agit de choisir l’évêque de Lyon, pas son maire. Il aura un pouvoir spirituel, pas temporel ; partant, son positionnement idéologique est d’un poids infime par rapport à l’autre donnée, son sexe. Dans l’état actuel des choses, je préférerais infiniment que le prochain évêque de Lyon soit une femme macroniste ou lepéniste plutôt qu’un homme écolo radical.

Car c’est bien là la question, évidemment : Anne Soupa est une femme. Et c’est là-dessus qu’on la renvoie au droit canonique, au Catéchisme, et tous les articles y passent, et le prêtre est à l’image du Christ, et le Christ était un homme, et, et alors ? Le Christ était aussi un juif, Il était sans doute brun et barbu, Il était fils de charpentier, Il était plein de choses, en fait ; pour être à Son image, le prêtre est-il forcément juif ?

Quant au Catéchisme et au droit canonique, vous êtes tous bien gentils, mais je pense qu’Anne Soupa les connaît, et à vrai dire je ne crois pas qu’elle s’attende à devenir le prochain archevêque de la bonne ville de Lyon. Alors quoi, provocation ? Volonté de faire le buzz ? Certainement en bonne partie, et voilà d’autres esprits chagrins pour le lui reprocher, avec l’habituel couplet selon lequel le-but-est-bon-mais-la-méthode-ça-craint, par des gens qui en général prônent le but et se gardent bien d’indiquer une autre méthode (qui marcherait, elle, forcément).

René Poujol, par exemple, lui oppose l’impossibilité de faire débattre entre eux les catholiques réformateurs d’une part, les conservateurs et les traditionalistes d’autre part : pour lui, l’écart entre ces groupes est trop important. C’est bien possible ; dans mes débats avec d’autres catholiques, j’ai souvent eu cette impression qu’en réalité nous ne partagions pas la même foi, que nous ne croyions pas en le même Dieu. Mais dans ce cas, comment peut-on s’arrêter à ce constat ? Si c’est vrai, qu’est-ce que ça dit de la réalité de notre Église ? Sommes-nous encore une Église, en fait ?

René Poujol fait un pas dans la réflexion, en reprochant à Anne Soupa de prendre le risque de déclencher le schisme : voyant qu’ils ne sont pas entendus, les réformateurs pourraient finir par partir. Possible, là encore ; mais est-ce que ce serait une si mauvaise chose ? Quand je milite pour la prêtrise des femmes, on me sort le même refrain trois fois sur quatre : eh-ben-si-t’es-pas-content-t’as-qu’à-te-faire-protestant-gnan-gnan ! Ben non, les gens. Prendre au sérieux l’idée de l’Église mystique, ça signifie que ce n’est pas un truc qu’on quitte comme on change de chemise, parce qu’on trouve que le noir ne nous va pas.

Par ailleurs, il y a partir et partir. On peut partir comme l’ont fait les protestants, justement, en acceptant la rupture, en se désintéressant de l’Église catholique et en construisant quelque chose à côté. Mais on peut aussi partir comme les traditionalistes de la FSSPX, qui ont accepté de se faire excommunier, mais se sont toujours revendiqués catholiques et n’ont jamais rompu le dialogue. Résultat des courses : quarante ans plus tard, les excommunications ont été levées, et alors qu’ils ne sont qu’une poignée, ils ont tiré toute l’Église dans leur sens. Moralité : René Poujol a probablement tort quand il affirme que le départ des catholiques d’ouverture laisserait le champ libre aux tenants de « l’Église de toujours » ; dans les années 1970 et 1980, lors du schisme lefebvriste, c’est la logique contraire qui s’est vérifiée. En partant, les intégristes n’ont pas du tout laissé tout l’espace aux réformateurs : bien au contraire, ils ont focalisé toute l’attention ecclésiastique et médiatique sur eux-mêmes.

Bref, là où René Poujol regrette « l’excès de la démarche », la seule chose que je regrette, pour ma part, c’est au contraire son excessive prudence. Car Anne Soupa ne demande pas pour elle le ministère ordonné ou la consécration épiscopale : dans un désir de lancer une réflexion sur « la différence entre sacrement, sacerdoce et pouvoir », elle ne propose sa candidature qu’à la direction temporelle du diocèse.

Or, à mon avis, si erreur il y a, c’est ici. Distinguer, au sein de l’Église, le pouvoir du sacerdoce, pourquoi pas ? Mais cela présente deux dangers majeurs.

Le premier est celui d’une récupération et en fin de compte d’un durcissement des positions actuelles ; ça l’Église catholique, comme le capitalisme, est très douée pour récupérer les oppositions récupérables. La gouvernance politique des diocèses par des laïcs, et pourquoi pas des femmes, c’est typiquement le genre de choses que l’Église pourrait accepter ; mais à condition de ne surtout pas toucher au sacerdoce. Et une fois cette distinction établie, le piège se refermera d’un coup : les honneurs, les fonctions, les responsabilités, tout cela fera paraître les femmes importantes et dégagera une fausse impression d’égalité, de leur avoir redonné toute leur place ; mais les hommes seront toujours les seuls à être admis au sacerdoce, et on ne pourra plus rien dire, car on nous renverra toujours à « mais de quoi elles se plaignent encore puisqu’elles gouvernent ? »

Or, contrairement à ce que pense Anne Soupa, c’est bien la question du sacerdoce qui est essentielle, parce qu’elle est, bien plus que le gouvernement temporel, au cœur de la vie de l’Église. Ce qui entretient la misogynie catholique, ce n’est pas que les femmes ne puissent pas diriger la Banque du Vatican, c’est qu’elles ne puissent pas consacrer l’Eucharistie. Tant que cela n’aura pas été changé, une fausse vision de l’humanité et du rapport entre les sexes perdurera dans l’Église.

D’autant que – et c’est le second danger de la démarche – de quel pouvoir parle-t-on ? « Gouvernance » : rien que le mot me laisse dubitatif. Si elles ne revendiquent pas la prêtrise, qu’est-ce qui reste aux femmes ? Sur les trois missions de l’évêque – d’enseignement, de sanctification et de gouvernement –, les deux premières sont intimement liées au sacerdoce. Reste la mission de gouvernement ; mais le pouvoir temporel de l’Église a heureusement diminué, il ne reste donc pas grand-chose de concret. La gestion des finances ? Mais l’Église devrait de toute manière être pauvre. Alors quoi ? L’intendance ? Les affaires courantes ? Belle victoire, s’il s’agissait de gagner un travail administratif !

C’est un désaccord ; mais il va sans dire que, malgré cette réserve, je soutiens la candidature d’Anne Soupa. Parce que je soutiens tout ce qui peut secouer un peu cette énorme fourmilière, tout ce qui peut aider à faire tourner cet énorme paquebot, l’Église visible.




[1] Que, je dois le dire par honnêteté et transparence, je connais personnellement.

dimanche 24 mai 2020

La vie en beau


Sans la musique, dit Nietzsche, la vie serait une erreur. C’est vrai aussi de la danse, de la peinture, de la sculpture, de la littérature, de l’architecture ; sans l’art, la vie serait une erreur. À la grande question : pourquoi sommes-nous ici ? qu’est-ce qu’on fait là ? que doit être notre but sur la Terre, et dans la vie ?, je crois qu’il y a plusieurs réponses, mais qu’elles sont finalement assez peu nombreuses, et que l’art en est une. Produire de l’art, quand on peut, et quand on ne peut pas, en profiter, vivre dans la contemplation des œuvres des autres, m’a toujours semblé un des buts suprêmes de la vie humaine, et partant une des conditions du bonheur. À qui n’aime pas la musique – ou la littérature, ou la danse –, il manque quelque chose, souvent sans même qu’il en ait conscience ; inversement, celui qui écoute plus, lit plus, danse ou regarde danser, celui-là vit plus, et vit mieux, et vit plus heureux.

Je crois que c’est vrai pour tous les hommes, parce que cela tient à notre nature, et doublement. D’abord, parce que nous sommes par nature liés à la beauté, que la beauté est une des valeurs fondamentales autour desquelles notre vie devrait toujours être ordonnée, et qu’il y a toujours du beau dans les œuvres d’art de qualité, fût-ce la beauté de bien parler d’une charogne. Pour une vie pleinement heureuse, ou la plus heureuse possible, il nous faudrait vivre entourés de beauté : si l’on pouvait, comme le dit Alain, « boire son café dans une belle tasse ; […] s’asseoir et appuyer sa main sur une noble chimère sculptée dans le bois, et usée déjà un peu par tant d’autres mains. Sortir, regarder l’heure à une belle horloge. […] Lever le nez en l’air pour voir s’il pleuvra et apercevoir une gargouille monstrueuse qui semble rire ; […] se plaire à tout cela, mais n’y point penser ; au contraire, en faire comme un fond et une trame pour d’autres pensées ».

La seconde raison, c’est, je crois, qu’étant des êtres créés, nous sommes également par nature créateurs – sous-créateurs, pour reprendre les termes de Tolkien –, et que donc nous ne pouvons pleinement nous réaliser, accomplir notre nature, qu’en créant, ou au moins en jouissant de la création des autres.

J’ai donc une reconnaissance infinie, et nous avons tous une dette particulière, envers ceux qui nous font ainsi « la vie en beau » : compositeurs, musiciens, chanteurs, danseurs, peintres, sculpteurs, acteurs, réalisateurs, auteurs, poètes, sans oublier tous les autres, ceux qui ne sont pas dans la lumière, les invisibles qui travaillent autour de ceux-là, dans l’ombre : costumiers, décorateurs, éclairagistes, perchistes, cadreurs, j’en oublie tant. Or, pour beaucoup, la vie n’est pas facile. Michel Piccoli, qui vient de mourir, dénonçait cette erreur : « le public croit toujours qu’un artiste travaille dans l’aisance, dans la facilité et dans le luxe. »

À quelques exceptions près, non ; « intermittent », ça veut avant tout dire au chômage une bonne partie de sa vie. Leur système de retraites, contrairement à ce qu’on entend ici ou là, n’a rien d’une avalanche de privilèges, et la réforme de Macron, si elle arrive à terme, empirera considérablement les choses pour eux. J’ai été profondément choqué (à défaut d’être surpris), l’hiver dernier, en entendant des bourgeois du XVIIe arrondissement, de leur propre aveu habitués de l’Opéra et du Ballet de Paris, parler avec une morgue et un mépris insupportables des grèves et des revendications des danseurs et des musiciens. Comment peut-on, surtout quand on en profite, ne pas avoir plus d’égards envers ceux qui rendent notre vie si belle et si riche, si digne d’être vécue ? Pour nous offrir la magie du Lac des cygnes, les danseurs brisent leur corps, et ont bien souvent du mal à marcher à quarante ans.

Ce désengagement de l’État envers la culture ne saurait nous surprendre : il n’est que la réplique du même désengagement sur la santé, l’éducation ou la justice. Mais il est d’une certaine manière plus inquiétant encore, parce qu’il passe plus inaperçu, et qu’il est mieux accepté. Churchill aurait dit, à quelqu’un qui lui proposait de réduire le budget de la culture : « Mais alors, pourquoi nous battons-nous ? » Aujourd’hui, ceux qui considèrent la culture comme secondaire sont au pouvoir, mais ils sont aussi dans la rue.

Pour les privilégiés qui, comme moi, ont bien vécu ce confinement, ont eu globalement plus de temps que d’habitude pour leur loisir, il a été une bonne occasion de lire, d’écouter de la musique, de regarder des films. C’est le conseil que j’ai donné à mes élèves, et en fin de compte, je leur aurai proposé davantage d’heures de lecture littéraire que de cours d’histoire, et plus de morceaux de musique que d’exercices de géographie. C’est un choix que j’assume : à période exceptionnelle, comportement exceptionnel ; et s’ils m’ont écouté, ils auront à mon avis plus gagné à découvrir « Casta diva » ou « Les oiseaux dans la charmille » qu’à faire une énième étude de document sur la Guerre froide.

Les artistes, eux, ont continué à travailler. Les chœurs, l’orchestre et le ballet de l’Opéra national de Paris ont chacun publié une vidéo dans laquelle, confinés, ils continuent de chanter, de jouer, de danser. Intitulées « Dire merci », elles étaient destinées aux soignants. Merci à eux, bien sûr : merci à ceux qui se sont battus, et qui se battent encore, contre cette maladie, et surtout contre toutes les autres, et qui auraient bien besoin d’autres choses que de médailles et d’applaudissements.

Mais merci aussi à ceux qui ont dit merci : merci aux artistes. Car si permettre à nos corps de survivre et de ne pas trop souffrir est essentiel, nourrir nos âmes et rendre nos vies vraiment humaines ne l’est pas moins. Artistes, vos œuvres sont nos vitres magiques, nos vitres de paradis.



jeudi 14 mai 2020

Communautarisme : sortir la tête du sable

Je viens de faire quelque chose d’assez héroïque : pour la debunker, j’ai regardé la vidéo qui suit, deux fois. Je vous recommande l’exercice. Il n’est pas agréable, 20 minutes de haine et de bêtise poussées vraiment très haut ; mais il est salutaire, car il aide à comprendre l’état d’une partie de la société française.


Que nous dit la demoiselle ? Passons rapidement sur l’utilisation du terme « génocide » pour parler de ce que la France a fait en Martinique, ou sur le rapprochement établi entre de Gaulle et Hitler : de nos jours, les génocides sont à la mode, et tout peuple qui a un peu souffert dans l’Histoire veut absolument le sien ; quand il n’y en a pas d’évident, on se dépêche d’en inventer un, histoire de soutenir des revendications politiques. La Vendée pendant la révolution, la Martinique pendant la colonisation, les chambres à gaz en 1942 ? C’est kif-kif bourricot, ma bonne dame ! Les incitations à émigrer en métropole pour les martiniquais et le déplacement forcé des populations polonaises par Hitler pour les remplacer par des Allemands ? Du pareil au même ! Que Hitler ait eu dans ses cartons les plans précis de l’extermination des Polonais, ça n’a pas grande importance, pas vrai ? On va quand même pas s’emmerder avec les distinctions établies par ces chieurs d’historiens (et tant pis si ça défrise les vraies victimes des vrais génocides).

Passons aussi sur les mensonges historiques (ou erreurs : elle n’est pas forcément méchante après tout, elle est peut-être juste ignorante) glissés çà et là pour étayer une argumentation bancale : ainsi du référendum sur l’indépendance en Nouvelle-Calédonie, accusé d’avoir été décalé de 30 ans pour permettre une invasion de blancs qui changerait la donne (alors que le corps électoral avait précisément été restreint pour empêcher cela) : là encore, la vérité historique, pffff ! La vérité, ça dépend de la manière dont on la présente, relis Lénine et m’emmerde pas.

Passons donc sur ces trivialités (qui ont quand même le mérite de poser le personnage), et venons-en au cœur du sujet. Ma première réaction, en regardant la vidéo, c’est de me dire qu’elle sue par tous les pores un racisme, un communautarisme, une haine et une xénophobie littéralement insupportables. La première chose que je me dis, c’est : « eh ben au moins ça règle une bonne fois pour toutes la question du racisme anti-blancs ; on pouvait avoir des doutes sur son existence, maintenant on ne peut plus ».

Pourtant, j’essaye. Qui sait, peut-être que je me trompe ? Analysons posément le discours. Donnons-lui sa chance, à cette jeune fille. Et citons-la. J’ai la flemme de ranger, alors je vais vous les jeter, les citations, en touffe, sans les mettre en bouquets.

Première phrase : « Si en Martinique tu t’es déjà retrouvé à être le seul noir dans un espace… » J’insiste : ça, c’est la première phrase. Déjà la meuf compte les noirs et les blancs autour d’elle. Chut, chut, ne dites rien ! C’est un indice, laissez chercher ceux qui n’ont pas encore compris.

« Le génocide par substitution c’est quand on anéantit un peuple non pas en le tuant mais en remplaçant sa population » par « la migration d’un autre groupe pour remplacer le premier ». Oui, « grand remplacement », on y est bien, deuxième indice.

« Chez nous en Martinique… » I beg your pardon? Chez « nous » ? Qui, « nous » ? Elle le répète plus loin, on voit que ça l’obsède : « Ça me fait froid dans le dos. Imaginez deux secondes […] que dans trente ans en Martinique les martiniquais vont être minoritaires chez eux, c’est juste impensable. » Ou plus loin : « Pendant ce temps les Français continuent à immigrer en masse chez nous. » Question importante, je la garde pour plus tard, et pour vous ça va faire un troisième indice.

« C’est quand il y a énormément de locaux qui quittent l’île et qu’en même temps il y a une forte immigration de blancs français […] qui viennent s’installer ici. » Donc on est bien d’accord, c’est l’immigration le problème, et plus précisément la couleur de peau et le territoire d’origine de ceux qui immigrent. Chut, chut, il y en a encore qui n’ont pas pigé, laissez-les trouver par eux-mêmes.

« On assiste à une invasion de fonctionnaires blancs en Martinique » : cinquième indice. On parle « d’invasion », et d’une invasion de gens qui n’ont pas la même couleur de peau, qui pis est (oh mon Dieu mais quelle HORREUR !).

« Les fonctionnaires blancs en Martinique […] ont plus d’opportunités que les martiniquais qui eux sont au chômage. Vous en connaissez beaucoup des blancs qui arrivent en Martinique et qui sont au chômage ? » Donc le problème n’est pas le chômage, c’est la communauté à laquelle appartiennent ceux qui y sont, sixième indice.

« Aucun Français, Américain ou européen ne devrait connaître mieux que moi-même les randonnées, les plages, les plantes, les fleurs, les sites de plongée, les rivières de mon propre pays ! La Martinique c’est chez nous, et moi en tant que jeune martiniquaise ça me fait mal de voir que le destin de mon peuple, de mon pays, il est entre les mains de personnes étrangères à nous-mêmes. » On a du condensé, là, et ce sera le septième indice.

C’est bon, vous y êtes tous ? Obsession permanente pour la couleur de peau, peur d’un grand remplacement ethnique et culturel, rejet viscéral de l’immigration, survalorisation de l’identité d’une communauté dont la préservation est posée comme valeur suprême, plus généralement mise en avant des intérêts de cette communauté par rapport à ceux de toutes les autres, vision du monde centrée sur la division radicale entre le « nous » de la petite communauté et tous les autres, volonté d’appropriation définitive et complète d’un territoire par cette communauté, et bien sûr d’en chasser autant que possible toutes les autres : il ne manque pas un seul ingrédient du discours le plus caricatural de l’extrême-droite.

Si on accepte que l’extrême-droite se définit essentiellement par le fait de poser comme première valeur, à laquelle toutes les autres sont subordonnées, la préservation de l’identité d’une communauté, alors cette demoiselle est clairement d’extrême-droite. Mais continuons à être rigoureux, ne lui faisons pas de procès d’intention. Est-elle raciste ? Est-elle à elle toute seule la preuve de l’existence du racisme anti-blancs ? Son obsession pour la couleur de peau tend à faire dire que oui : ce ne sont pas les Français ou les métropolitains en général qui lui posent problème, ce sont bien les blancs, elle le répète suffisamment pour qu’il n’y ait aucun doute là-dessus.

Mais pour être précis jusqu’au bout, il faut savoir ce qu’est le racisme. J’écarte d’ores et déjà les définitions ad hoc, et donc forcément mauvaises, du type de celles qui prétendent que le racisme ne peut être le fait que des dominants et pas des dominés (ben oui, dans une perspective politique révolutionnaire, ce serait quand même dommage de ne pas voir les choses en noir et blanc – c’est le cas de le dire – et de ne pas clairement séparer les gentils tout gentils des méchants très méchants). Si on accepte la définition académique du racisme comme « l’ensemble de doctrines selon lesquelles les […] races […] seraient dotées de facultés intellectuelles et morales inégales », et par extension comme « préjugé hostile, méprisant à l’égard des personnes appartenant à d’autres races », alors Miss Défense de la Martinique n’est pas raciste. Elle ne sous-entend jamais que les martiniquais seraient une ethnie supérieure à toutes les autres, ou que les blancs seraient intrinsèquement ou biologiquement inférieurs aux noirs. Non, elle dit seulement que les blancs, ou les Français, elle n’en veut pas « chez elle » – comprenez en Martinique. Ça, stricto sensu, ce n’est pas du racisme, mais c’est de la xénophobie. Cette vidéo est bien la preuve d’une xénophobie anti-blancs particulièrement haineuse – ce qui n’empêche pas l’existence par ailleurs d’un racisme anti-blancs, racisme édenté si l’on veut, mais racisme tout de même.

Revenons maintenant, pour conclure, sur cette question du « chez nous », justement.

Une nation, j’essaye chaque année de l’apprendre à mes élèves, c’est un ensemble de personnes liées entre elles par une culture commune et par la volonté de vivre ensemble. Le premier élément, évidemment, inclut des nuances. La culture martiniquaise n’est pas exactement la même que la culture gasconne, ou parisienne, ou mahoraise. Des gens parlent le créole en Martinique, le shimaoré à Mayotte, le breton en Bretagne, l’occitan dans les Pyrénées. On n’y mange pas pareil. On n’y croit pas pareil : le catholicisme est bien plus présent en Martinique ou en Bretagne qu’à Paris ou à Mayotte, en proportion de la population. Bref, à l’intérieur de la nation française, il y a des différences culturelles. Ces différences culturelles sont sans doute plus marquées entre les outre-mer et la métropole qu’à l’intérieur de cette dernière. Mais c’est une différence de degré, pas de nature ; et ça n’enlève rien à la culture commune. Cette demoiselle qui marque un tel mépris pour la France s’exprime tout de même en français, et je gage qu’elle connaît nettement mieux Molière et Hugo que Dickens ou Chesterton.

Reste le second élément : la volonté de vivre ensemble. Et là, soyons clairs : si à un moment je réalise qu’une forte majorité de la population de Mayotte ou de la Martinique est pour l’indépendance, je serai pour qu’on la leur accorde sans barguigner. Ce serait une catastrophe économique, politique et sociale pour ces territoires, évidemment, et ils sombreraient dans une misère noire (d’ailleurs, il est intéressant de relever que notre amie semble envier l’indépendance de l’Algérie ou de Madagascar, sans voir apparemment que l’existence de la majorité de leurs habitants est loin d’être aussi enviable que la sienne, mais passons). Mais on ne peut pas sauver les gens contre leur gré : si ces populations voulaient réellement l’indépendance, la France ne pourrait de toute manière pas la leur refuser, la décolonisation du XXe siècle en est une preuve.

D’ailleurs, les autochtones des outre-mer feraient bien de se méfier, car en métropole, beaucoup considèrent que ces territoires nous coûtent bien cher et seraient tout prêts à la leur donner, l’indépendance. Ça me fait un peu penser à cette excellente caricature de Pétillon :
  


Bref, l’indépendance, moi je ne suis pas contre, j’ai surtout l’impression que ce sont les populations de ces territoires qui sont majoritairement contre (pas fous). En revanche, une chose doit être absolument claire. Soit on est indépendant, soit on ne l’est pas. Si on l’est, alors on est en effet « chez soi », et on fait ce qu’on veut chez soi. Mais si on ne l’est pas, alors les martiniquais ne sont pas plus « chez eux » en Martinique que les parisiens ou les haut-savoyards. Et c’est là que le discours de notre xénophobe préférée devient littéralement insupportable. Imagine-t-on les réactions si un parisien ou un haut-savoyard tenait le discours symétrique ? « Le problème chez nous à Marseille, c’est l’invasion des noirs mahorais, ils vont bientôt être plus nombreux que nous, alors qu’on est chez nous, argl, quand je pense que dans trente ans les noirs mahorais pourraient être plus nombreux à Marseille que les bucco-rhodaniens, j’en ai froid dans le dos ! » Ce discours serait stigmatisé et flétri (y compris par l’auteur de la vidéo, j’en mettrais ma main au feu) pour ce qu’il est : un discours violemment xénophobe, voire raciste.

Alors rappelons ces évidences : tant que la Martinique est française, et tant que la population martiniquaise n’a pas changé d’avis sur ce point, alors un Français blanc n’a pas à s’intéresser au créole pour s’installer en Martinique, de même qu’un martiniquais ou un parisien n’ont pas à apprendre le basque avant de s’installer dans les Pyrénées-Atlantiques. Et les métropolitains installés en Martinique peuvent très bien se faire des groupes Facebook où ils se filent des tuyaux sans jamais aborder le prétendu cadre colonial, pour la simple et bonne raison que Mistinguett n’a aucune légitimité à venir leur imposer de quoi ils vont parler dans leurs groupes Facebook.

Une nuance pour finir ? Je reconnais un point vrai soulevé par la vidéo : la France n’a pas tenu ses promesses dans les outre-mer. Tout ce qu’elle dit sur ce point précis est parfaitement juste : la France n’a pas mis assez de moyens pour permettre à ces territoires de rattraper leur retard économique et social par rapport à la métropole. En ce sens, elle paye aujourd’hui le prix de cette lourde erreur, et la colère de cette jeune fille n’en est qu’une conséquence. Mais expliquer ou comprendre n’est pas justifier. Pour compréhensible qu’elle soit, cette haine n’en est pas moins mal dirigée : chez elle, la conscience de race a remplacé et anéanti la conscience de classe, ce qui est à la fois extrêmement triste et extrêmement dangereux, et qui ne peut que réjouir les capitalistes qui rigolent devant l’atomisation des luttes. De ce fait, les solutions qu’elle propose seraient bien pires que le mal qu’elle prétend guérir.

vendredi 17 avril 2020

Est-ce à nous de bosser plus pour payer leurs conneries ?


Alors comme ça, on va devoir travailler plus après le confinement, dixit le Medef, dixit le gouvernement, bref dixit la droite. Ah ben oui, ma bonne dame ! Parce que la crise, voyez-vous, et parce que la croissance. Sinon, récession ! 6%, 8% peut-être ! Baisse du PIB ! Alors les grouillots, soyez gentils, serrez-vous la ceinture, et au turbin, cadence Chaplin, s’il vous plait.

Pour ma part, que le PIB de la France baisse, je ne peux que m’en réjouir : c’est une excellente nouvelle ! J’ai expliqué pourquoi dans mon dernier billet : la baisse du PIB, c’est la baisse de la production ; et la baisse de la production, c’est la seule et unique manière de prélever moins de ressources et de rejeter moins de déchets, bref de polluer moins et d’un peu moins bousiller la planète.

Face à cette évidence, les défenseurs de la Sainte Croissance sont un peu gênés. D’ordinaire, ils se contentent de faire comme si la croissance était une sorte de déesse à satisfaire. C’est d’ailleurs toute la force de ce tour de passe-passe de communication : qu’ils soient journalistes, éditorialistes, économistes, politiciens, ceux qui veulent la croissance font très attention à ne jamais la justifier, précisément pour faire croire que l’idée selon laquelle la croissance serait nécessaire est une évidence que personne n’a besoin d’étayer.

Quand on les force à le faire, ils crient – car ils ne manquent pas de souffle – à la haine des pauvres. Ben oui, croissance = richesse et surtout richesse pour tous, c’est bien connu. Pour les riches d’abord, bien sûr, mais après ça profite à tous (ça « ruisselle », qu’ils disent). Donc pour eux, décroissance = pauvreté. Pour enfoncer le clou, ils se gardent d’ailleurs bien de parler de « décroissance », ils utilisent des termes moins neutres : « récession » ou « dépression » – termes parfaitement justes d’un point de vue économique, mais affectés d’une charge émotionnelle autrement négative.

Alors qu’en fait, ben, non. Derrière toutes les complexités de la question, il y a une équation très simple : vous prenez l’ensemble des richesses produites par un pays, vous divisez par le nombre d’habitants, et vous regardez ce que chacun peut avoir en moyenne. S’il y en assez, c’est bon, pas besoin de croissance. À l’extrême rigueur, s’il y en a juste assez, il faut une croissance économique égale à la croissance démographique.

Nous, en France, on en est où ? Prenez le PIB (toutes les richesses produites par le pays), divisez par le nombre d’habitants : vous verrez qu’on en a plus qu’assez. Si tout le monde n’a pas ce qu’il lui faut, s’il y a des pauvres et des gens qui crèvent de froid dans la rue, c’est pas qu’on ne produit pas assez de richesses, c’est qu’on ne les répartit pas bien.

On peut même aller plus loin : des richesses, c’est pas qu’on en a plus qu’assez : on en a trop ! Faites intervenir une autre donnée, comme l’empreinte écologique, et vous verrez qu’étant donné la population humaine, on prélève trop de ressources, on rejette trop de déchets, bref on produit trop et on consomme trop. Alors bien sûr, décroître, ça va vouloir dire qu’on va devoir se passer de certaines choses. Ça aussi, je l’ai rappelé dans mon dernier billet : on ne pourra pas garder une voiture par famille, un téléphone par personne, etc. Mais ça, ça va nous tomber sur le râble de toute manière : les limites de résistance de la planète sont déjà en train de se rappeler à notre bon souvenir, et la baisse de notre niveau va arriver, que ça nous plaise ou non. On peut le choisir tout de suite ou le subir plus tard, c’est tout.

Voilà donc une première bonne raison de ne pas travailler plus après la fin de cette crise : on n’en a pas besoin, et même ce serait très mauvais. Mais il y en a une autre.

L’économie s’arrête et on entre en récession, soit. Pourquoi ? Parce que qu’on est confiné. Mais pourquoi sommes-nous confinés ? Pas pour ne pas attraper le virus : le covid-19, il sera toujours là quand on sortira, et il faudra bien qu’une importante part de la population finisse par l’attraper. Les médecins le serinent assez : en fin de compte, il faudra bien qu’on développe une immunité collective. Si on est confiné, c’est donc pour qu’on ne l’attrape pas tous en même temps. Il s’agit d’aplanir la fameuse courbe, vous vous souvenez, celle qu’Olivier Véran était si fier de montrer sur tous les plateaux télé :




Seulement voilà, il y a quelque chose sur cette courbe qui n’est pas fixé de toute éternité par la loi divine, ce sont les capacités hospitalières. La hauteur de la barre sous laquelle il s’agit de maintenir la courbe dépend de choses très concrètes : combien de médecins forme-t-on dans le pays ? Combien de médecins embauche-t-on dans les hôpitaux ? Quel part de notre budget consacrons-nous à l’hôpital et plus généralement à la santé ? Et ici, plus particulièrement, combien de lits en réanimation ouvre-t-on ?

Or, que constate-t-on (avec une surprise vraiment intense) ? Qu’en vingt ans, les politiques néolibérales ont fait perdre 100 000 lits d’hôpital au pays. 100 000. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la DREES, une direction du Ministère de la santé. Et ça, ça veut dire deux choses.

La première, c’est que les gens qui nous gouvernent depuis vingt ans ont du sang sur les mains. En France, 0,73 lit de réanimation pour 10 000 personnes : plus de 18 500 morts à ce jour. Allemagne, 1,25 : moins de 4 200 morts. Italie, 0,53 : près de 23 000 morts. L’état du système de santé de chaque pays, dont le nombre de lits de réanimation par rapport à la population est un indicateur, est directement corrélé au nombre de morts. Moralité : ceux qui ont cassé l’hôpital depuis 40 ans ne sont pas seulement des crétins, ce sont aussi des criminels.

La seconde, c’est que mathématiquement, plus de lits en réa, ça voudrait dire une meilleure capacité d’accueil hospitalière, ça voudrait dire un besoin moins important d’aplatir la courbe, ça voudrait dire une nécessité de confinement moins drastique et moins longue, ça voudrait dire moins de crise économique. C’est comme une assurance : rouler sans assurance, ça coûte un peu moins cher chaque année, mais l’année où il t’arrive un truc, ça coûte beaucoup, beaucoup plus cher. Les crétins qui nous gouvernent depuis 40 ans ont fait le pari qu’il n’arriverait rien, et que donc on pouvait, pour gagner trois sous, réduire les capacités hospitalières au point où elles arriveraient à peine à soutenir la situation ordinaire (parce que souvenons-nous, avant le coronavirus, les soignants étaient déjà à bout).

Finalement l’accident est arrivé, et ceux qui ont choisi de rouler sans assurance veulent faire payer les passagers. Bon appétit, messieurs ! Ô ministres intègres ! Eh bien non. Ce n’est pas à nous de travailler plus pour payer un confinement qui doit durer si longtemps parce qu’eux cassent l’hôpital depuis si longtemps.

D’autant que la solution est beaucoup plus simple : la dette qu’on accumule aujourd’hui, il faut, enfin, plus encore qu’hier, la dénoncer. De toute manière, on ne la paiera pas. Notre dette publique, ça va être près de 120% du PIB. On aurait une micro-chance de la rembourser en très longtemps si le budget était à l’équilibre. Comme il ne l’est pas, et que la dette se creuse chaque année, on ne paiera pas, que ça plaise ou non à Christophe Barbier. Cette crise sanitaire, c’est peut-être l’occasion d’enfin l’assumer.

dimanche 12 avril 2020

Écologie et croissance : la preuve par le coronavirus


Chacun y va de son étonnement, de sa surprise, de son anecdote. L’un voit le Mont Blanc de sa fenêtre, alors qu’il était depuis des années caché par le brouillard de la pollution ; ailleurs, c’est l’Himalaya. On voit des ours, les requins s’approchent des côtes à Menton ; les chevreuils, les renards et les hérissons envahissent nos villes, on entend les merles dans les rues silencieuses de Paris, et c’est presque à croire que les dauphins sont revenus nager dans les rues de Venise. Moins de déplacements, moins de transports, moins de gaz d’échappement, moins de bruit : la nature semble reprendre ses droits. Semble. Nous ne resterons pas bien longtemps confinés : ça peut sembler long à certains, mais ça semblera bien court aux ours (et à moi).

En attendant, ne boudons pas notre plaisir, et profitons de cet instant : c’est peut-être la dernière fois que nous voyons ainsi le monde ; à la prochaine épidémie, les ours ne seront peut-être plus là du tout, et peut-être que les merles non plus ne seront plus là, eux dont on parle moins. Ne boudons pas notre plaisir ! C’est l’écologie que j’aime, celle du plaisir, justement, celle de l’émerveillement devant la beauté du monde ; celle de l’amour du monde et de sa beauté. Les tonnes de CO2 rejetées dans l’atmosphère, les hectares de forêt brûlés, le pourcentage d’oiseaux qui disparaissent, les gigawatts gaspillés en chauffage inutile sont des données importantes, essentielles même, sans doute, pour comprendre la crise et pour y faire face ; mais justement beaucoup trop d’écologistes, et d’écologistes sincères, oublient qu’ils ne sont que cela, des données, des outils, et que nous ne luttons pas pour maintenir la hausse des températures sous la barre des 2° : nous nous battons pour qu’il y ait toujours des hêtres dans les forêts françaises ; pas pour faire baisser la concentration des particules fines dans l’atmosphère, mais pour continuer à voir les étoiles ; pas pour faire diminuer le pourcentage d’oiseaux qui disparaissent, mais pour entendre toujours des merles dans nos jardins. Certains diront que c’est la même chose ; peut-être passent-ils trop de temps à regarder des courbes, et pas assez à écouter les merles. Aimons la nature avant de nous battre pour elle : nous ne nous battrons que mieux si d’abord nous l’aimons bien.

Il y a plusieurs leçons à tirer de ce confinement, mais la grande leçon qui les réunit toutes, c’est que l’écologie radicale et la décroissance avaient raison. Oui, croissance et destruction de la nature sont indissolublement liées, et ceux qui affirment le contraire vous mentent. Chacun peut le voir à sa porte, et les chiffres le confirment, si vous avez besoin des chiffres : comme lors de la crise de 2007-2008, la baisse de l’activité économique et de la croissance entraîne celle de la pollution. Quand, à l’inverse, on voit que dans chaque période de croissance économique, on a aussi une hausse de la pollution que rien ne parvient à enrayer, il faut ouvrir les yeux ! Il n’y a pas de croissance verte, et il n’y a pas de développement durable ; la première chose que nous aura prouvée le coronavirus, c’est qu’hors de la décroissance, que ça nous plaise ou non, point de salut.

Certains s’appuient sur des exemples en Europe pour affirmer le contraire : le Royaume-Uni, disent-ils, aurait fait baisser ses émissions de gaz à effet de serre tout en maintenant sa croissance. Menteurs aussi, qui utilisent une illusion d’optique qu’il devient urgent de dénoncer : le Royaume-Uni a délocalisé une grande partie de sa production industrielle dans des pays à faibles coûts de main-d’œuvre, comme la Pologne, la Chine ou la Birmanie. Mais quand une firme britannique fait fabriquer dans des usines chinoises les produits qui seront ensuite consommés par les Britanniques, il est faux et mensonger de prétendre que le Royaume-Uni parvient à faire baisser ses émissions de gaz à effet de serre ! Qu’elle nous convienne ou non, nous sommes devant une alternative très simple. La première possibilité est de moins produire et de moins consommer ; et il faut être honnête, ça implique de nous priver de choses qui rendent notre vie confortable actuellement, donc de faire diminuer notre niveau de vie. La seconde est de détruire le monde tel que nous le connaissons.

Mais le coronavirus n’est pas seulement la preuve que l’écologie radicale et la décroissance ont raison depuis le début : il est également un avertissement et un signe d’espoir. La disparition des brumes qui cachaient le Mont Blanc nous permet de contempler une autre évidence : si on arrête tout, maintenant, on peut gagner la bataille. La nature se soigne ; nous n’avons pas tué la Terre, pas encore, elle peut donc encore guérir. Il est trop tard pour que rien ne change, bien sûr, et pour retrouver le climat et la biodiversité de l’ère préindustrielle ; mais nous pouvons encore sauver quelque chose, peut-être l’essentiel. Nous pouvons sauver une large part de la beauté du monde, et préserver son habitabilité pour nous. Seulement, il ne faut pas de demi-mesures : la Terre se soigne parce que les avions sont cloués au sol et l’essentiel des voitures dans leurs garages. Avaient raison, depuis le début, ceux qui disent que pour freiner la crise, il ne faut pas que chaque famille évite d’acheter une deuxième voiture : il faut qu’il n’y ait plus qu’une voiture par village ou par quartier, pour les urgences.

Tout arrêter, alors ? Qui n’aurait pas peur ? Mais c’est encore une chose que le virus nous montre : on peut finalement se passer de beaucoup. De qui avons-nous besoin ? Qui continue à travailler ? Les agriculteurs, les soignants, les éboueurs, ceux qui fabriquent les produits de première nécessité, les professeurs ; si la situation devait durer, il faudrait bien sûr ajouter quelques professions à la liste. Mais les autres ? Ceux qui conçoivent la prochaine version de Windows, ceux qui commencent à réfléchir à la 6G, ceux qui font de l’audit dans les entreprises, les démarcheurs, les gestionnaires de portefeuilles, les chargés de communication, les consultants, les chefaillons, bref tous ceux dont David Graeber disait qu’ils ont « bullshit job » : la société se passe très bien de votre activité. Confinés chez vous, à faire un télétravail plus ou moins efficace, et souvent pas efficace du tout, le monde continue de tourner. Et qu’est-ce que le gouvernement lui-même vous propose de faire ? D’aller aider l’agriculture, de distribuer de la nourriture à ceux qui en ont besoin, d’aider les soignants. Sans jamais le dire bien sûr – quelle angoisse, si les gens le réalisaient ! –, le gouvernement vous propose de remplacer votre activité par quelque chose d’utile. Provisoirement, bien sûr ; dès que l’urgence sanitaire sera passée, on vous réintimera l’ordre de revenir à vos activités rentables –inutiles, mais rentables. Le coronavirus ne nous dit pas seulement qu’il faut tout arrêter pour se sauver, il nous montre aussi que ce ne serait pas si dur qu’on le craint généralement.

Cette pandémie est le coup de vent qui précède la tempête. Elle n’est rien à côté de ce que nous endurerons dans vingt ans si, une fois déconfinés, nous recommençons comme en janvier. Elle peut donc nous apporter le pire comme le meilleur. Déjà, on fait plus clairement qu’avant encore le tri entre les chefs d’État qui font au moins semblant d’essayer de sauver des vies, et ceux qui ont jeté par-dessus bord ce vieux reste de morale et nous jettent, droits dans leurs bottes : « l’économie d’abord ». Déjà le pire se dessine, quand d’autres, au prétexte de sauver des vies, mettent en place les outils totalitaires de surveillance de masse qu’ils s’empresseront ensuite de faire passer dans le droit commun. Il n’appartient qu’à nous de conjurer ce pire, et de faire advenir le meilleur. Le message doit passer : ou bien nous ferons en sorte de réentendre les merles, ou bien ils se tairont pour toujours.

mercredi 8 avril 2020

Éducation à la justice : un échec total


En 2012, puis en 2013, j’avais déjà regretté qu’une vaste majorité de la population française semble ne pas comprendre l’importance des principes fondamentaux sur lesquels notre droit et notre justice sont pour le moment (pour combien de temps encore ?) assis. Les choses n’ont pas l’air de s’être arrangées depuis.

Souvent, c’est en cours d’éducation civique qu’on s’aperçoit du problème. Que les élèves ne connaissent pas ces grands principes au début du cours est logique ; ce qui est grave, c’est que nous semblions incapables de les faire changer d’avis, et qu’une fois adultes, ils les regardent avec le même mépris qu’à leur entrée en 4e – je l’ai encore vu, récemment, à l’occasion de l’affaire Polanski. Pire encore : même ceux qui sont censés avoir reçu une formation de haut niveau, y compris des juristes, laissent fréquemment leurs combats militants et idéologiques prendre le dessus sur ces grands principes.

Commençons peut-être par les rappeler.

1. L’indépendance de la justice. La séparation du pouvoir judiciaire et du pouvoir exécutif ou législatif est essentielle : ceux qui décident des lois ou les font appliquer ne peuvent pas être les mêmes que ceux qui sanctionnent leur non-respect. Par ailleurs, les juges ne doivent pas pouvoir être inquiétés pour leurs jugements ; leur carrière et leur avancement ne doivent donc pas dépendre du gouvernement.

2. L’isonomie, c’est-à-dire l’égalité devant la loi. La loi doit s’appliquer à tous, elle doit être la même pour tous, tous doivent y être soumis. Principe sans cesse bafoué de facto : comme à l’époque de Balzac, « les lois sont des toiles d’araignées à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites ».

3. Le droit à la défense, c’est-à-dire à un procès contradictoire. Toute personne, même accusée des pires crimes, a droit à un avocat. Ça implique le fait pour l’État de payer un avocat à ceux qui ne peuvent pas se le permettre.

4. L’impartialité du juge, qui ne doit pas être le porteur de l’accusation, ni être de parti pris dans l’affaire jugée.

5. La présomption d’innocence : tout homme est présumé innocent tant qu’un tribunal indépendant et impartial ne l’a pas reconnu coupable. C’est un principe concret : il faut que chacun se comporte en tout comme si le prévenu était innocent, pas comme s’il était coupable. Ça implique aussi qu’un homme ne doit pas être maintenu en détention s’il n’a pas été jugé : s’il est potentiellement dangereux, il faut le juger rapidement ; s’il ne l’est pas, il doit être laissé libre dans l’attente de son jugement – autre principe sans cesse bafoué.

6. La non-rétroactivité de la loi : on ne peut pas être condamné pour avoir fait quelque chose qui n’était pas illégal au moment où on l’a fait, même si ça l’est devenu ensuite.

7/ La proportionnalité de la peine par rapport à l’infraction commise. Et là pour le coup, on est d’accord : la peine qu’a effectuée Polanski est ridiculement basse (même si celle dont on le menaçait avant sa fuite était ridiculement haute).

8. La prescription : chaque délit ou crime est prescrit au bout d’un certain temps, c’est-à-dire qu’on ne peut plus être condamné pour l’avoir commis. C’est un double principe de réalisme : d’une part parce qu’avec le temps, les preuves d’une infraction sont plus difficiles à établir, ce qui augmente le risque d’erreur judiciaire ; d’autre part, et surtout, en reconnaissant qu’après un certain temps, l’auteur d’un crime ou d’un délit n’est tout simplement plus le même homme, et qu’il y a moins de sens à lui faire subir une condamnation. Ce point, le moins bien compris en général, et certainement le moins accepté, est un pont entre la justice et d’autres principes, d’autres valeurs, différentes d’elle mais qui, en la contrebalançant, lui sont indispensables, même si notre société a de plus en plus tendance à les oublier, voire à les mépriser et à les refuser : la miséricorde, la pitié, le pardon, l’oubli. Autant de valeurs qui, non moins que la justice, sont nécessaires pour faire société.

C’est bien sûr une simplification, et ces huit points pourraient être développés sur des pages et des pages. Mais chacun d’entre eux reste une condition sine qua non de notre bonheur à tous, parce qu’ils sont tous des conditions sine qua non de la justice, et plus précisément d’une institution judiciaire juste.

En cela, ces sept points nous protègent tous. Ce que ne voient pas ceux qui voudraient que Polanski soit condamné au mépris des règles de prescription, par exemple, c’est qu’eux aussi sont protégés par ces principes. Ceux qui refusent un avocat aux pédophiles ne voient pas qu’eux aussi peuvent avoir un jour besoin que la justice leur reconnaisse, à eux, le droit à un avocat, même s’ils n’ont commis aucun crime. C’est pour cela que ces sept points sont essentiels : parce qu’ils constituent une garantie, une sécurité. Leur respect vous apporte, à tous, une sérénité et une protection contre l’arbitraire, contre l’acharnement, contre les fausses accusations, contre la calomnie, contre l’injustice.

Et c’est pour cela que ces sept points sont des principes – étymologiquement, des choses qui passent en premier. Et ça aussi, c’est très concret ! Concrètement, ça signifie que si la douleur d’une victime dont le criminel est impuni à cause de la prescription est une tragédie, une société dans laquelle la prescription cesserait d’exister serait pire que cette tragédie. Si un homme n’est pas condamné pour viol faute de preuves, alors qu’il est coupable, c’est terrible ; mais une société qui ferait reposer la charge de la preuve sur la défense serait plus terrible encore.

La sagesse est ici une vertu bien difficile : elle consiste à dépasser l’immédiateté d’une souffrance présente, celle de la victime, souffrance légitime et que tout pousse à chercher à apaiser, pour contempler ce que deviendrait notre société si, pour ce faire, nous violions ces principes qui nous protègent tous et toujours. La sagesse, c’est ici de voir qu’un remède peut être pire que le mal, et doit donc être rejeté. C’est accepter le caractère nécessairement imparfait du monde et de la société en comprenant que le mieux peut être l’ennemi du bien. C’est de cela que la grande majorité, aujourd’hui, se montre incapable.

Les totalitarismes du XXe siècle avaient appris, peut-être, aux générations qui les avaient connus de près ou de loin, ou à une large part de ces générations, la valeur de ces principes. Mais force est de constater qu’elles ont échoué à les transmettre, et que nous, professeurs, avons échoué de même. Mes élèves les plus âgés sont nés 25 ans après la mort de Mao, 50 ans après celle de Staline et près de 60 ans après celle de Hitler. Peut-être ont-ils besoin de voir de leurs yeux ce qu’est une société sans présomption d’innocence pour en comprendre le prix.


lundi 6 avril 2020

Novlangue et doublepensée : on n’est plus très loin


Dans le roman d’anticipation (le mot semble malheureusement bien choisi) 1984, une des caractéristiques majeures de la société décrite par Georges Orwell est la novlangue (ou le « néoparler », pour reprendre la nouvelle traduction, sans doute meilleure sur ce point). Le principe de base est simple : il s’agit d’appauvrir la langue (par la diminution du nombre de mots, la suppression de la polysémie et des ambiguïtés, etc.) afin d’appauvrir la pensée.

Un aspect de la novlangue est particulièrement intéressant : le fait pour certains mots d’y désigner l’exact contraire de ce qu’ils désignent objectivement. Ainsi joycamp (« camp de la joie ») désigne un camp de travail forcé, Minipax (Ministry of Peace, « Ministère de la Paix ») le Ministère de la Guerre, etc.

Cette caractéristique du néoparler est étroitement connectée à un autre aspect de la propagande d’Océania : la doublepensée, autrement dit la capacité des citoyens (et particulièrement des membres du Parti) à accepter simultanément deux idées contradictoires. Il s’agit là d’un point essentiel pour le pouvoir puisqu’il lui permet, pour reprendre les mots d’Orwell, « de combiner la croyance en sa propre infaillibilité avec le pouvoir d’apprendre des erreurs du passé ». En étant à la fois (tout est là) parfaitement convaincu que le régime est parfait et infaillible et parfaitement informé de ce qui prouve qu’il ne l’est pas, le pouvoir en place diffuse une propagande parfaite sans pour autant s’aveugler sur les aspects de la réalité qui pourraient le mettre en danger – une des grandes faiblesses des totalitarismes du passé.

Eh bien nous n’en sommes plus très loin. On le sent venir depuis longtemps, bien sûr ; j’en ai déjà parlé sur ce blog. Dans les exemples récents, on pourrait citer les derniers rebondissements de la polémique pour savoir si oui ou non nous sommes en démocratie, ou en dictature : les opposants à Macron qui affirment que notre système politique n’a rien de démocratique, Macron qui leur répond en leur proposant d’aller essayer la dictature. On est encore loin du néoparler orwellien, bien sûr ; mais on s’en approche. De part et d’autre (j’insiste là-dessus, même si à titre personnel je suis bien plus proche des opposants à Macron que de ses partisans), l’appauvrissement du langage est là, et se traduit par un appauvrissement de la pensée. On construit une opposition binaire, sous forme d’alternative, entre démocratie et dictature, comme si tout ce qui n’était pas l’un était l’autre ; les uns peuvent dire en toute bonne foi : « Vous voyez bien qu’on n’est pas en démocratie, c’est donc qu’on est en dictature », quand les autres leurs répondent, avec la même bonne foi : « Vous voyez bien qu’on n’est pas en dictature, c’est donc qu’on est en démocratie. »

D’autres exemples sont encore plus récurrents : ainsi des usagers forcément « pris en otage » par la moindre grève, ou, ici à Mayotte, les délinquants des rues qualifiés de « terroristes » parce que les gens sont effectivement terrorisés. Allez essayer de leur faire comprendre qu’il ne suffit pas de terroriser ou d’être terrifiant pour être un terroriste, et qu’un gamin qui lance des cailloux sur des voitures en marche (ah-ah) n’est pas la même chose qu’un type qui se fait sauter au milieu d’une rame de métro, c’est peine perdue (j’ai essayé).

Mais ce n’étaient que des exemples de simplification et d’appauvrissement du langage.  À chaque fois, on nommait mal quelque chose. Dans un cas, on réduisait une échelle complexe (démocratie directe – démocratie représentative – démocratie déléguée – régime autoritaire – monarchie – dictature – totalitarisme, ce qui est déjà une simplification, mais passons) à une alternative simpliste (démocratie ou dictature) ; dans l’autre, on faisait passer une hyperbole, une exagération langagière (« le voyou des rues est un terroriste », « le gréviste est un preneur d’otage ») pour une expression nuancée, mesurée, fidèle et objective de la réalité. C’était déjà grave, bien sûr ! Ne serait-ce que parce que cette première étape prépare forcément le terrain pour la suivante. La citation attribuée à Camus est devenue un poncif, je l’ai moi-même plusieurs fois reprise ici : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. »

Mais à présent, finies les demi-mesures ! Nous sommes à l’étape suivante. L’illustration la plus frappante en a été donnée il y a quelques semaines (même si ça semble une éternité…) à l’occasion de l’usage par le gouvernement du 49.3 pour faire passer la réforme des retraites.

Attention, une précision : je ne cherche pas ici à attaquer ou à défendre l’utilisation du 49.3 par le gouvernement. C’est un outil clairement antidémocratique et antiparlementaire, mais n’étant moi-même très favorable ni à la démocratie, ni au parlementarisme, je suis mal placé pour le critiquer. Comme tout instrument efficace (ce qui n’est pas la même chose que « bon ») au service de l’exécutif, il est bon quand il est employé par un pouvoir bon et au service d’une bonne politique (autrement dit, ça n’a pas été le cas depuis des temps à peu près immémoriaux) ; inversement, il est mauvais quand il est utilisé par des crétins pour une politique inepte et funeste (comme ça a été le cas pour tous ses derniers usages). Mais bon, fondamentalement, ce n’est pas le 49.3 comme instrument qui change la donne : avec lui, le gouvernement allait imposer sa réforme des retraites par la force ; mais enfin, la démocratie et le parlementarisme nous l’auraient tout autant refourguée, cette réforme ; ce n’est pas comme si les députés LREM allaient se rebeller.

Ce qui m’intéresse ici, ce n’est donc pas l’usage qui a été fait du 49.3, c’est le discours qui a été servi autour de cet usage. Et comme souvent, c’est Sibeth Ndiaye, l’incroyable Sibeth Ndiaye, qui a sorti l’artillerie lourde, en tweetant : « Avec l’utilisation de l’article 49-3 de la Constitution […], nous mettons fin à un épisode de non-débat de la réforme des retraites ; nous redonnons au Parlement les moyens d’assumer sa fonction éminente de voter la loi. » Soit : en empêchant le Parlement de débattre, nous permettons au Parlement de débattre. Ou encore : en faisant du Parlement une chambre d’enregistrement des décisions de l’exécutif, nous lui redonnons le pouvoir.

D’autres membres du gouvernement ont dit plus ou moins la même chose, je ne vais pas vous faire toute la revue de presse. Et depuis, on a eu des variations sur le même thème, souvent venant de la mère Sibeth, sans surprise, mais pas que : le gouvernement a clairement anticipé la crise sanitaire, il a très bien réagi dès le départ, nous étions tout à fait prêts sur le nombre de masques, j’en passe et des meilleures – toujours assorties de phrases qu’on peut comprendre soit comme des formules d’insistance, soit comme de vagues menaces, sur l’air de « Je ne laisserai personne dire le contraire. » Bref, l’essentiel est là : des membres du gouvernement disent l’exact contraire de la vérité, sans que ça soulève de protestation notable. Redde Caesari quae sunt Caesaris : ce n’est pas LREM qui a inventé le procédé ; sous Hollande, Bruno Le Roux, chef de file de la majorité socialiste à l’Assemblée, avait déjà dit que le 49.3 « favorise une véritable discussion ». Bon.

Vous allez me dire : mais lui non plus n’inventait pas le procédé ! Le mensonge en politique, c’est vieux comme le monde. Entre ceux qui nous promettent qu’avec eux le chômage disparaîtra et ceux qui nous assurent qu’ils n’ont rien piqué dans la caisse, on le sait, qu’ils nous baratinent !

Sauf qu’en réalité ça n’a strictement rien à voir. Chirac qui dit n’avoir pas volé d’argent public, ou Le Pen qui affirme qu’elle peut faire disparaître la crise économique, c’est du mensonge ; Sibeth et consort, c’est de la novlangue. La différence tient dans le rapport à la vérité : mentir, c’est encore honorer la vérité, c’est-à-dire lui reconnaître une importance et une valeur. Essayer de cacher qu’on a piqué dans la caisse, c’est entretenir encore un rapport globalement sain à la morale et à la vérité : on sait que ce qu’on a fait est mal, puisqu’on essaye de le cacher ; et on sait que la vérité a de l’importance, puisqu’on essaye de la camoufler. Dans les deux cas, on cache les faits, parce qu’on sait que si les faits sont connus du public, il n’y aura plus moyen d’échapper à l’opprobre ou à l’échec. Quand Sibeth affirme qu’utiliser le 49.3, c’est favoriser le débat, au contraire, elle ne cache rien : elle n’essaye pas de voiler un fait, de le faire disparaître ; elle n’essaye pas de cacher la vérité. Elle montre juste qu’elle n’en a absolument plus rien à foutre, et qu’il n’y a justement plus rien à cacher, il n’y a qu’à désigner les choses par leur contraire.

Autrement dit, le rapport à la vérité a changé : les politiciens n’essayent plus de cacher une vérité objective et extérieure à eux, qui les dérange mais qui s’impose à eux ; ils affirment que la vérité n’a pas d’existence propre et réside exclusivement à l’intérieur de leur discours. C’est comme si François Fillon, au lieu d’essayer de convaincre les juges que sa femme avait réellement fait un travail d’assistante parlementaire, leur avait dit en face : « Ma femme n’a strictement rien fait, et c’est pour ça qu’elle méritait un salaire. »

Et les gens qui se taisent, ce sont les juges qui approuveraient le raisonnement et acquitteraient le prévenu.

Ce n’est pas encore 1984. On s’en rapproche.


samedi 4 avril 2020

L’avenir hongrois


La Hongrie de 2020, c’est la France de 1940 : le covid-19 a eu le même effet pour eux que la débâcle pour nous. Pouvoirs illimités sans durée déterminée pour le premier ministre, possibilité de revenir sur des lois établies ou d’en instaurer de nouvelles sans contrôle du parlement ou de la justice, fin de la liberté d’expression. Depuis 10 ans, le Fidesz au pouvoir affaiblit les droits fondamentaux ; mais là, une étape de plus a clairement été franchie – sans qu’apparemment ça ne trouble trop l’Union européenne, qui s’apprête visiblement, une fois de plus, à faire la preuve de son manque d’efficacité.

Je ne vais pas écrire des heures sur le sujet, ça fait 20 ans que je répète les mêmes choses et franchement, je suis lassé d’avance. Deux mots seulement, donc.

Depuis ce coup de maître du premier ministre Viktor Orbán, on entend monter la musique : « ohlàlà, quel salaud, il a aboli la démocratie ! » Non, mes loulous ! Il abolit les droits de l’homme, c’est pas pareil ! Et c’est tellement pas pareil que les droits de l’homme, il les abolit démocratiquement. Dé-mo-cra-ti-que-ment.

Bien sûr, j’entends déjà les cris de protestation. « Démocratiquement, mais comment ça ? La Hongrie n’est pas une démocratie ! Et nous non plus d’ailleurs ! Le parlementarisme, c’est le pouvoir des riches, c’est la ploutocratie, ça n’a rien à voir avec la démocratie ! Élire c’est abdiquer, relis Reclus ! » Refrain connu.

Là-dessus, deux choses simples.

1. Dire que « nous ne sommes pas en démocratie », c’est un raccourci tellement simpliste qu’il en devient complètement faux. Par-delà les différences qui séparent tous ces régimes, la monarchie de Louis XIV n’est pas une démocratie. L’empire romain n’est pas une démocratie. La dictature de Pinochet n’est pas une démocratie. Le totalitarisme hitlérien n’est pas une démocratie.

Maintenant, Athènes au Ve siècle av. J.-C. est-elle une démocratie ? Si elle l’est, nous sommes, nous Français et Hongrois de 2020, infiniment plus proches de son régime que de la monarchie de Louis XIV. Bien sûr, nous ne sommes pas la même chose que l’Athènes de Périclès. Mais ce régime n’était guère plus égalitaire que le nôtre. Sans même parler des femmes et des esclaves, dont on peut mettre l’exclusion de la vie politique sur le compte de contingences culturelles, les citoyens pauvres n’avaient aucun moyen d’accéder aux réels postes de pouvoir, qui non seulement n’étaient pas rémunérés, mais étaient même fort coûteux, une fois qu’on y était désigné.

Alors de deux choses l’une. Soit Athènes était bien une démocratie, et alors, étant bien plus proches d’eux que de Staline, nous pouvons aussi appeler qualifier notre régime de « démocratique » – et plus encore le régime hongrois, où le parlement est élu avec une part de proportionnelle. Soit Athènes ne l’était pas, et la démocratie n’a jamais existé nulle part, tous les régimes de l’Histoire étant non-démocratiques à des degrés divers. Pourquoi pas ? Je ne suis pas d’accord, mais ça renforcerait mon idée que décidément la « vraie » démocratie est un régime qui n’est pas pour demain.

2. Au fond, cette question de savoir si oui ou non nous sommes en démocratie, et si la démocratie serait bonne ou mauvaise, est sans aucun intérêt. C’est un piège et un attrape-nigaud.

D’abord parce que, contrairement à ce que beaucoup pensent, la démocratie n’est pas une fin en soi. Elle est un moyen, ni plus ni moins : un moyen d’atteindre le bonheur. Les libertés fondamentales, elles, sont un fin en soi, parce qu’elles sont une condition du bonheur. Mais la démocratie n’est qu’un outil, pas un but. Et comme tout outil, parfois elle est adaptée, parfois elle ne l’est pas. Un marteau, c’est super pour enfoncer un clou, c’est nul pour retirer une vis. La démocratie, c’est pareil ! En 1792 et en 1940, il fallait être démocrate. La démocratie était l’outil adapté pour répondre aux crises de cette époque.

La seule question qui compte, c’est donc de savoir si la démocratie est un outil adapté à la crise que nous devons affronter, nous, maintenant. Pour y répondre, une question simple : les mauvaises décisions, celles qui contribuent à détruire la planète ou à abolir les libertés, sont-elles oui ou non démocratiques ? En d’autres termes, si on donnait vraiment le pouvoir au peuple, qu’en ferait-il ?

Sentant se refermer sur eux le piège, à ce stade les partisans de la démocratie hurlent : « On peut pas savoir ! Rien ne nous dit ce que ferait le peuple s’il avait le pouvoir ! » Ben si, cocotte. Quand une décision gouvernementale soulève une vague de protestation (comme c’est le cas pour la réforme des retraites, pour la taxe carbone, etc.), on peut se dire qu’elle est non démocratique, et que le peuple au pouvoir ferait autrement. Un doute peut subsister, bien sûr ; les partisans du gouvernement peuvent toujours s’appuyer sur la bonne veille « majorité silencieuse » pour dire que leur réforme est quand même populaire ; mais enfin, on a un élément pour dire qu’elle ne l’est pas.

Mais dans le cas contraire ? Quand une réforme passe comme une lettre à la poste, quand elle ne soulève aucune protestation populaire, voire quand elle est plébiscitée ? Alors sauf à être d’une mauvaise foi débordante, la conclusion s’impose : cette réforme est démocratique.

Du coup, si on ouvre les yeux, on doit reconnaître que :

1. Oui, le peuple est entièrement d’accord pour supprimer des libertés fondamentales si ça accroît sa sécurité (ou même son sentiment de sécurité). Non seulement il est d’accord, mais même il le réclame ! Regardez la popularité des mesures liberticides de tous les gouvernements dans tous les pays : nous sommes une poignée à protester. Nous protestons contre le peuple, certainement pas avec lui. C’est spécialement vrai en Hongrie, où le Fidesz n’a pas caché son jeu ou avancé masqué. Ne nous y trompons pas : ça n’a rien à voir avec le FN français, il n’y a pas eu de « dédiabolisation », et les Hongrois ont voté en toute connaissance de cause.

2. De même, le peuple veut que son niveau de vie augmente, même si ça bousille la nature. Les gens ne veulent pas tuer les riches, ils veulent vivre comme eux.

La sénatrice Amidala, dans une réplique devenue culte, disait : “So this is how liberty dies: with thunderous applause.” Notez qu’elle ne parlait pas de la démocratie, mais bien de la liberté. Déjà c’était le Sénat (instance démocratique de la République) qui confiait à son chef les pleins pouvoirs. Vision prophétique ; c’est ainsi que meurt la liberté : sous les applaudissements du peuple.

Certains s’imaginent que le capitalisme est le seul problème de notre société, et que tout le reste en découle. Ils pensent que seuls les riches aspirent au mode de vie qu’ils ont, et qu’en supprimant la bourgeoisie et en donnant le pouvoir au peuple, on supprimera du même coup la crise sociale et la crise écologique. C’est très noble, très généreux, très beau, mais c’est faux. Le capitalisme est un problème, bien sûr ; il ne peut pas être réformé et doit être supprimé, j’en conviens ; mais il n’est pas le seul problème, ni même le principal. Ceux qui croient le contraire se sont choisi une illusion magnifique. C’est néanmoins une illusion.


jeudi 26 mars 2020

Ce dont nous mourrons


Avons-nous des raisons d’avoir peur ? Est-ce qu’on va tous mourir ? Est-ce que le gouvernement en fait trop ou pas assez ? Finalement ces questions ne sont pas très intéressantes. Au risque d’être accusé de polémiquer, je préfère m’en poser d’autres. Par exemple, de quoi vont mourir ceux qui vont mourir.

Pour ça, il faut savoir ce qu’est le covid-19. Gaël Giraud, jésuite et directeur de recherches au CNRS, l’a rappelé dans un très bon article publié sur Reporterre : « une pandémie un peu plus virale et létale que la grippe saisonnière, dont les effets sont bénins sur une vaste majorité de la population mais très graves sur une petite fraction. » Tout est là. Pour beaucoup de gens, ce coronavirus est visiblement moins grave que la grippe saisonnière ; chez certains, il ne provoque qu’un rhume, souvent accompagné de fièvres. En revanche, chez d’autres, heureusement beaucoup moins nombreux, les difficultés respiratoires aiguës nécessitent l’intubation, la respiration artificielle et la réanimation. L’un dans l’autre, le covid-19 est nettement plus mortel que la grippe saisonnière : dans l’état actuel de nos (maigres) connaissances, autour de 4% des personnes affectées meurent, contre moins de 1% pour la grippe.

L’écart de mortalité entre les deux maladies (de 1 à 5 ou de 1 à 10, encore une fois, les données sont pour le moment lacunaires et imprécises) ne reflète à l’évidence pas l’écart entre ce que nous vivons en ce moment et pendant une grippe saisonnière. Par ailleurs, certains pays s’en sortent mieux que d’autres. L’Allemagne ou le Japon ont moins de morts que la France ou l’Italie : il y a trois jours, quand la France enregistrait près de 200 nouveaux décès (sans compter ceux des EHPAD…), il y en avait moins de 30 en Allemagne, qui compte pourtant 16 millions d’habitants de plus.

Pourquoi ? Sans prétendre que ce soit lié à un facteur unique, il y en a un qui est prépondérant : l’Allemagne a bien plus de places en réanimation que la France par habitant. Gaël Giraud donne les chiffres : en France, 0,73 lit de réanimation pour 10 000 personnes ; en Italie, 0,53 ; en Allemagne, 1,25. Qu’on compare aux nombre de morts par personne infectée dans chacun des droits pays, c’est sans appel. C’est encore Giraud qui en parle le mieux : « nous n’avons plus de système de santé publique digne de ce nom mais une industrie médicale en voie de privatisation ». Il n’est pas rentable de maintenir des centaines de lits de réanimation qui, en temps normal, ne servent pas ; du coup on les supprime, et quand frappe une épidémie exceptionnelle, on ne les a plus.

Alors bien sûr, certains seraient morts même sans ça. Beaucoup de personnes à risques, particulièrement sensibles au covid-19, auraient succombé même en réanimation et avec un respirateur artificiel. Mais les médecins sont déjà en train de trier les patients, c’est-à-dire de décider qui doit aller en réanimation et qui n’y a pas droit, et cela ne va faire que s’accroître jusqu’au pic de la vague. Ce qui signifie que beaucoup seront tués non par le virus, mais par le fait de ne pas avoir de place en réanimation ; en d’autres termes, beaucoup de ceux qui vont mourir mourront non pas du covid-19, mais de la politique néo-libérale menée en France depuis au moins quarante ans. Et mourir quand on a, mettons, 45 ans et qu’on est père de trois enfants, parce que votre pays a fait le choix de supprimer des lits d’hôpital alors qu’il avait les moyens techniques et financiers de les maintenir, c’est vraiment une des morts les plus con qui soient.

La question du nombre de places dans les hôpitaux n’est d’ailleurs qu’un aspect de la question. On peut aussi l’illustrer, comme je l’ai dit dans mon précédent billet, par la confiance aveugle accordée par nos dirigeants à la mondialisation, censée pourvoir ad vitam à tous nos besoins via les délocalisations et la « nouvelle division internationale du travail ». Les Chinois devaient nous fournir en masques ; à présent, le gouvernement est obligé d’appeler à l’aide les entreprises et les particuliers pour couvrir son incurie et son imprévoyance !

Même « appel à l’aide » de la part de Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris. On appelle les soignants au secours en leur demandant de venir prêter main-forte ; les particuliers sont appelés à donner de l’argent. Eh ! Si les budgets des hôpitaux n’avaient pas été amputés depuis si longtemps, si le nombre de nos médecins n’étaient pas en chute libre, nous aurions tout ce dont nous avons besoin ! Un système pour financer la santé publique, on en avait un, ça s’appelait la Sécurité sociale. On la démantèle à un point où même en temps normal, elle a du mal à assurer sa mission ; forcément qu’en période de crise, ça craque !

Bref, depuis 40 ans, on refuse de prendre l’argent là où il se trouve (dans les poches des plus riches, les dividendes des actionnaires et les paradis fiscaux), puis on nous dit qu’on n’a pas d’argent, enfin on coupe dans les budgets essentiels ; ceux qui vont mourir ne payent même pas le prix de ces politiques ; leur mort est le prix payé par nos politiciens pour avoir le droit de lécher le cul des plus riches, en toute connaissance de cause !

Les différents gouvernements français depuis 40 ans, et l’actuel au premier chef, auront donc sur la conscience une bonne partie des morts de l’épidémie. C’est ce qu’a souligné à sa manière Frédéric Lordon dans un article intitulé « Les connards qui nous gouvernent », qui reste, à l’heure actuelle, le meilleur de ceux que j’ai lus sur la situation présente. Alors je ne dis pas que les gouvernements allemands ont la conscience tranquille : eux aussi ont supprimé des lits d’hôpital, et l’Allemagne pourrait faire mieux qu’elle fait ; mais moins, en proportion de la population.

Sur le fond, rien de bien neuf. Nous avons ici la preuve et l’illustration de ce que bien des gens, moi compris, disent depuis des années ou des décennies : le capitalisme libéral tue. Il ne se contente pas de générer des injustices, des souffrances et des inégalités immenses, il tue. Je ne suis pas le premier à le voir.

En revanche, un point m’inquiète : c’est que même parmi les critiques de ces politiques gouvernementales, il s’en trouve (et Gaël Giraud en fait partie, je suis au regret de le dire) pour citer la Corée du Sud et Taïwan en exemple, y compris dans le traçage des malades. Or, il faut dire exactement de quoi il s’agit : accéder sans leur accord aux données des téléphones portables des personnes infectées, afin de pouvoir savoir avec qui ils ont eu des contacts, puis suivre leurs déplacements en temps réel et avertir la population du passage d’un malade dans un endroit précis qu’il s’agit d’éviter.

Ceux qui reprochent le confinement au gouvernement et promeuvent ce genre de moyens sont soit aveugles, soit complètement idiots (à moins qu’ils ne souhaitent la marche forcée vers le totalitarisme). De plus en plus de gens dénoncent, et c’est tant mieux, le fait que les attaques gouvernementales menées contre le Code du travail à l’occasion de la crise sanitaire vont être pérennisées. Et les attaques contre la vie privée, vous ne croyez pas qu’elles vont l’être ? Préférer le traçage des malades au confinement généralisé de la population, c’est tout simplement faire primer l’économie sur la défense des libertés fondamentales. Ça aussi, surtout de nos jours, c’est criminel.