Dans l’actualité de la protection de la nature, la mise en
parallèle de certains événements est assez déplorable – et révélatrice. Ainsi,
hier, des agriculteurs manifestaient dans de nombreuses villes de France à l’appel
de la FNSEA, le principal de leurs syndicats. Ce qui cristallise leur colère ?
Des problèmes environnementaux : l’extension des zones sensibles aux nitrates
et le barrage de Sivens. Pour eux, les contraintes qu’on leur impose en la
matière sont « de plus en plus folles ».
Qu’ils manifestent ainsi juste après qu’un jeune homme de 21
ans a trouvé la mort en s’opposant à la construction dudit barrage est déjà
assez intéressant : visiblement, ils ne veulent pas céder à une séquence
émotion qui pourrait mettre en péril non seulement le barrage de Sivens, mais
encore bien d’autres projets similaires à travers tout le territoire.
Ce qui aura sans doute échappé à beaucoup, c’est qu’ils
manifestent également très peu de temps après la publication d’une étude scientifique
qui démontre que le continent européen a perdu environ un cinquième de ses
oiseaux en trente ans, soit 420 millions d’individus. Or, l’agriculture joue
une part importante dans les menaces qui pèsent aujourd’hui sur la biodiversité
– et le barrage de Sivens, qui condamne une vaste zone humide abritant de nombreuses
espèces à disparaître, en est justement une belle illustration.
Malheureusement, la biodiversité est un des points de la
crise écologique qui intéressent le moins les masses. Les gens se moquent assez
largement de la disparition des moineaux, des alouettes et des tourterelles.
Ils peuvent donner quelques sous pour aider à préserver une espèce emblématique
comme l’ours polaire, le tigre ou le panda, mais même ces gros mammifères
porte-drapeau sont vite sacrifiés, et sans regret, face à n’importe quel autre
intérêt, en particulier économique.
Pourtant, cet aspect de la crise est aussi grave que les
autres, plus mobilisateurs, comme les pollutions diverses ou le réchauffement
climatique. Je ne comprends même pas qu’il faille argumenter : dans quel
monde voulons-nous vivre ? Dans un désert uniforme, avec des océans vidés
de leurs poissons et de leurs coraux, des campagnes vidées de leurs insectes et
de leurs oiseaux et dans lesquelles la pollinisation des monocultures en
openfield se fera de manière artificielle ? Dans tous les films de zombies,
dans toutes les fictions post-apocalyptiques, les personnages se demandent s’il
vaut encore la peine de vivre dans le monde qui est le leur. Mais pas besoin d’aller
chercher si loin : voulons-nous vivre dans un monde sans biodiversité ?
Sans même penser à la valeur intrinsèque de cette richesse du vivant, l’être humain
s’y épanouira-t-il de la même manière ?
Même au-delà de ces considérations, la biodiversité joue un rôle,
même économique, reconnu. J’ai honte de devoir en arriver à ce genre d’arguments,
mais la nature est un tout solidaire et interdépendant : si l’on touche à
un de ses éléments, et a fortiori à
des milliers d’entre eux, c’est l’ensemble qui est menacé. Est-il encore besoin
de rappeler que notre économie, mais aussi, tout simplement, notre survie,
dépendent du milieu dans lequel nous vivons ?
Je comprends bien sûr le point de vue des agriculteurs ;
leurs problèmes et leurs souffrances sont absolument réels et graves. Mais
contrairement à ce qu’ils imaginent, la solution n’est pas de les laisser
polluer en paix : nous devons changer de fond en comble notre modèle
agricole – ce qui n’est qu’un petit aspect du fait que nous devons changer de
fond en comble notre modèle tout court. Il faut aider les agriculteurs, les
accompagner, en particulier financièrement, mais pas renoncer. On me dira qu’on
n’en a pas les moyens ; bien sûr que si. Si Liliane Bettencourt dépensait
un million d’euros par jour, il lui faudrait plus de 70 ans pour avoir dépensé
tout son patrimoine : qu’on ne me dise pas que l’argent n’est pas là.
Tout ça laisse donc un goût bien amer dans la bouche, et c’est
l’ensemble de notre société qui est mis en accusation. La réalité accuse les
élites : les plus riches qui ne pensent qu’à leurs profits, en oubliant
les intérêts des autres, de la planète et de leurs propres descendants ;
les gouvernants qui sont prêts à toutes les concessions, à tous les
renoncements, à toutes les faiblesses, à toutes les lâchetés – Ségolène Royal l’a
montré sur tous les dossiers qu’elle a eu à traiter. C’est vrai à toutes les
échelles : dans l’affaire du barrage de Sivens, les autorités locales (le
Conseil général en l’occurrence) n’ont pas montré plus de sagesse que les
autorités nationales. On a ici un bel exemple de la manière dont la
décentralisation peut conduire à laisser gérer des dossiers importants par des
gens incompétents, sensibles à des pressions diverses et noyés dans les
conflits d’intérêts.
Mais elle accuse aussi le peuple, incapable d’avoir une
vision large des choses, de penser à long terme, de prendre du recul, d’analyser
clairement et froidement les enjeux en présence et les solutions possibles. Il
ne s’agit pas de les blâmer ou de les condamner : étant ce qu’ils sont,
ayant reçu l’éducation qu’ils ont reçue, vivant dans le monde où ils vivent,
les agriculteurs ne peuvent sans doute pas, dans leur majorité, penser ou agir
autrement qu’ils le font. Mais il s’agit de constater cet état de fait et d’en
tirer les conséquences.
Le Monde a survécu à la fin des dinosaures ! et il survivra même à la fin de l' espèce humaine ! alors alors pourquoi s' en faire ? c' est Lui le plus fort ! ainsi soit IL !
RépondreSupprimerSans aucun doute. Mais pour ma part, je ne suis pas franchement pour la disparition de l'espèce humaine : j'aimerais qu'on continue à faire partie du tableau, seulement j''aimerais qu'on arrête de barbouiller tout le reste.
SupprimerJe vois le tableau ... et je devine L' artiste !
RépondreSupprimerNous sommes les pinceaux les rouleaux les brosses et les couteaux ...
Mais La main suit sa piste ...
J' ai confiance au Très-Haut en couleur ...
... N' ayez pas peur ( Jn, 6, 20 )