dimanche 7 février 2016

L'ortograf et le termomètre


Disons-le franchement : tout l’emballement actuel autour de la réforme de l’orthographe part de pas grand-chose, et n’a pas grande importance. D’une part parce que c’est une affaire somme toute ancienne, la réforme datant de 1990 – la seule chose qui changera à la rentrée prochaine, c’est que tous les manuels scolaires ont décidé de l’appliquer. D’autre part parce que la réforme est somme toute assez minime et concerne en réalité bien moins de mots qu’on ne l’affirme généralement. Ainsi, je sais bien que les accents circonflexes ne disparaissent pas tous : seulement sur les « i » et les « u », et encore, pas dans tous les cas. Même si la blague est très marrante, on ne pourra donc toujours pas dire qu’après un bon repas, on aime bien se faire un petit jeune.

Toutefois, le sujet n’est pas non plus sans aucune importance. Le philosophe Alain écrivait que « l’orthographe est de respect ; c’est une sorte de politesse ». Lui qui disait aussi que « qui saurait bien sa langue saurait tout ce qui importe » avait conscience que le sujet n’est pas absolument anodin.

Ainsi, pour rester un peu sur les accents circonflexes, même s’ils ne disparaissent pas encore sur les « o », on peut assez logiquement se dire que c’est la prochaine étape. Cette simplification orthographique est-elle une bonne idée ? Je trouve pour ma part dommage qu’en oubliant peu à peu que l’accent circonflexe est très souvent le reste d’un ancien « s », on finisse par oublier le lien qui existe entre « hôpital » et « hospitalité ». De la même manière que faire oublier que « photon » vient du grec en l’écrivant « foton » ne me semble pas évidemment positif. J’en entends certains dire que les Espagnols et les Italiens le font déjà, et qu’ils ne s’en portent pas plus mal. Certes ; mais s’en portent-ils vraiment mieux ?

De toute manière, une réforme de la langue ne se décrète en général pas ; elle vient sanctionner une évolution de la langue. On me dira que c’est le cas pour une part importante de cette réforme, et que, pour le reste, elle corrige principalement des irrégularités, des anomalies, voire des erreurs. Et en effet, je suis d’accord pour écrire « nénufar », puisque étymologiquement, c’est l’orthographe correcte.

Alors finalement, qu’est-ce qui est inquiétant, dans cette réforme ? Tant que les académiciens ne nous proposent pas d’adopter une écriture largement phonétique qui serait inacceptable parce qu’elle appauvrirait considérablement la langue, qu’est-ce qui peut bien nous gêner ?

La réponse est très simple : ce qui me gêne, c’est le contexte. En soi, corriger des irrégularités mineures ou sanctionner des évolutions langagières bien ancrées n’a rien pour me choquer ; mais nous ne sommes pas dans un contexte anodin. Nous vivons une époque où une multitude de facteurs – baisse de la lecture, communication rapide par textos et mails, recul des exigences à l’école etc. – entraînent déjà, de fait, un bouleversement orthographique. Les copies d’élèves en témoignent : un très grand nombre d’entre eux ne comprennent tout simplement plus les structures mêmes de leur langue ; y compris, et c’est ce qui est assez nouveau et très inquiétant, une proportion croissante des élèves considérés par ailleurs comme « bons » voire « très bons ». Or, il est bien difficile de penser clairement sans une telle compréhension.

Je ne suis donc pas certain qu’il soit sage de réformer l’orthographe à un moment où elle est déjà violemment attaquée dans les faits. Ne pouvant que déclencher une polémique et un emballement médiatique, y compris sur Internet, une telle réforme court le risque de laisser croire que l’orthographe n’a plus d’importance et peut être traitée comme il semble bon à chacun. Je sais bien que ce n’est pas du tout là le sens de cette réforme ; mais en l’occurrence, son sens réel importe peut-être moins que ce que la majorité des gens en comprendra.

Or, faire croire cela serait un mensonge, car l’orthographe reste un des principaux marqueurs sociaux : bien écrire vous place immédiatement dans une certaine élite, mal écrire vous range avec la plèbe. Une lettre d’embauche sans faute d’orthographe a 60% de chances en plus de recevoir une réponse positive qu’une autre, identique mais bourrée de fautes.

C’est d’ailleurs tout le paradoxe – et le drame – de ce genre de réformes. Ceux qui veulent simplifier le français partent d’une très louable et très bonne intention : permettre à ceux que la complexité de l’orthographe et de la grammaire actuelles rebute de bien écrire, eux aussi. Réduire ainsi les inégalités, qui pourrait s’y opposer ?

Le problème, c’est que c’est une pure chimère. L’orthographe est peut-être élitiste, mais la fin de l’élitisme, elle non plus, ne se décrète pas. Au contraire, plus vous simplifierez l’orthographe, plus ceux qui écrivent déjà bien s’attacheront à la graphie ancienne et en feront un marqueur social, un signe d’appartenance – moi le premier. La réforme n’est pas obligatoire, et c’est peut-être le problème de ce genre de demi-mesure ; mais obligatoire ou pas, il y aura toujours pléthore de gens pour ne pas la respecter et pour brandir l’ancienne graphie comme l’étendard d’un combat et le signe de ralliement d’une classe sociale. Ce qui aura pour résultat l’exact inverse de ce qui était recherché : loin de se réduire, les inégalités augmenteront entre ceux qui, par leur famille et leur héritage culturel, auront accès à l’orthographe ancienne, et les autres.

Le problème de la réforme actuelle n’est donc pas son contenu, qui n’est pas d’une gravité extrême – même si plusieurs des choix qui ont été faits me semblent éminemment contestables, et qu’en conséquence je ne les appliquerai pas. Le problème réside dans le principe directeur, dans la méthode : face à la fièvre, on casse le thermomètre. Constatant la baisse générale du niveau, on croit régler le problème en abaissant les exigences. C’est une erreur stratégique majeure, car les élites n’abaisseront pas leurs exigences pour leurs enfants, et trouveront toujours le moyen de les réaliser. Abaisser les exigences pour les autres ne sert donc à rien et est même contre-productif : ce qu’il faut, c’est trouver le moyen de remonter le niveau. Je crains qu’hors de cela, il n’y ait point de salut.

dimanche 31 janvier 2016

Le Club des Cinq au Congo


Décidément, la culture se porte mal. Il y a un peu plus d’un an, j’avais écrit un premier billet sur le sujet pour dénoncer la déprogrammation (la censure, en réalité) de Carmen, de Bizet, au West Australian Opera de Perth, au motif que les femmes y fumaient et donc faisaient implicitement l’apologie du tabagisme. Aujourd’hui, deux autres formes de censure frappent le monde de la culture.

La première se déroule en Italie. Pour accueillir le président iranien, Hassan Rohani, les autorités italiennes ont décidé d’encoffrer les statues dénudées du musée du Capitole où avait lieu la rencontre. Autre complaisance du même tonneau – si j’ose dire ! – : aucune boisson alcoolisée ne sera servie au déjeuner du Quirinal.

Que la délégation iranienne présente ce genre de demandes est gonflé, mais après tout, ils sont dans leur rôle. Ce qui pose problème, c’est que les autorités de l’Italie – le 9e pays le plus riche du monde ! – acceptent de s’y plier. Car comment peut-on cacher, comme si on en avait honte, ce que notre culture et notre civilisation ont produit de plus beau, donc ce dont nous devrions être le plus fier ? Si la culture d’un pays est constitutive de son âme, alors l’Italie est prête à vendre son âme pour quelques contrats, qu’elle obtiendrait sans doute même sans cette bassesse : notre économie a besoin de ceux qui achètent nos produits, mais il ne faut pas se voiler la face : s’ils les achètent, c’est qu’eux aussi en ont besoin.

D’ailleurs, pendant ce temps, l’Iran continue de pendre les homosexuels, les apostats et les opposants politiques, et permet de condamner les filles à mort dès l’âge de 9 ans ; il faut croire qu’ils ne se préoccupent pas tellement, eux, de notre sensibilité et de notre culture, tout comme la majeure partie des pays du Moyen-Orient.

Et c’est précisément cela que beaucoup d’Occidentaux, surtout parmi nos dirigeants, ne parviennent pas à comprendre : si les Iraniens ne se préoccupent pas plus de ne pas nous choquer, c’est parce qu’ils n’ont aucun respect pour ceux qui renient leur culture pour ne pas heurter leurs interlocuteurs. Autrement dit, ce reniement, cette soumission des autorités italiennes ne sert à rien à moyen terme : même sans prendre en considération la valeur intrinsèque des œuvres d’art qui sont ainsi niées, nous ne gagnerons pas le respect ou l’amitié de ceux que nous prétendons ainsi honorer. Bien au contraire, ils y verront un aveu de faiblesse et nous n’y gagnerons que leur mépris.

La seconde affaire touche la série de romans d’Enid Blyton, Le Club des Cinq. Elle n’est pas vraiment nouvelle : elle concerne la nouvelle traduction – parler de « réécriture » serait plus juste – des romans. En 2011, un professeur l’avait déjà dénoncée sur son blog. Il notait d’abord un abaissement général du niveau de langue : remplacement des passés simples par du présent, appauvrissement du vocabulaire, disparition des descriptions un peu longues… Il en accusait, à juste titre, la baisse générale du niveau des enfants et l’exigence de rentabilité : si c’est trop dur à lire, on ne fait pas assez de ventes. On retrouve ce que je disais en octobre 2014, à savoir la trop importante dépendance de la culture par rapport au capitalisme et aux puissances de l’argent.

Plus grave encore, l’auteur de l’article notait que des passages entiers avaient été purement et simplement réécrits pour être plus conformes à l’esprit du temps. Menant une analyse de quelques passages du Club des cinq et les saltimbanques (d’ailleurs rebaptisé Le Club des Cinq et le cirque de l’étoile), il notait la disparition de plusieurs passages qui faisaient d’Annie une petite fille un peu trop… eh bien, un peu trop conforme au cliché de la petite fille traditionnelle : qui pleurniche et qui fait la cuisine. La volonté de faire reculer le sexisme est louable ; mais dans le texte original, le personnage de Claude ne suffit-il pas amplement à montrer qu’on peut être une fille sans correspondre à ce cliché ?

De la même manière, il remarquait l’absence de passages ou de phrases qui pouvaient heurter la sensibilité d’un jeune lecteur : un enfant battu par son oncle, la méfiance des forains envers la police, ou à l’inverse les préjugés qui les font tous passer pour des voleurs ; la liste est longue. De nombreux personnages en perdaient leur cohérence ; et tout ça pour quoi ? Croit-on qu’on fera reculer le racisme dans la société en le faisant disparaître de la littérature pour enfants ?

Au-delà de la seule question de l’efficacité ou non de ces procédés pour faire évoluer les mentalités dans le bon sens, ils posent quand même un énorme problème moral, et je m’étonne qu’ils soient tout simplement légaux. Quand bien même les œuvres d’Enid Blyton seraient tombés dans le domaine public – ce qui n’est, je crois, pas le cas –, il ne me semble pas qu’on puisse moralement faire n’importe quoi de l’œuvre d’un auteur – ou même que ses ayants droit puissent en faire n’importe quoi. S’il me prend l’envie de réécrire du tout au tout Cyrano de Bergerac ou Le rouge et le noir, je dois avoir le droit de le faire, mais de le faire en mon nom. Il me semblerait tout à fait aberrant qu’on ait le droit de publier sous le nom d’Edmond Rostand un nouveau Cyrano dans lequel Roxane finirait comme une heureuse bigame, ou dans lequel Cyrano et Christian se marieraient et adopteraient des enfants. Au-delà de toute querelle idéologique, c’est une question de respect d’une œuvre et de son auteur.

Il y a cependant une modification qui avait échappé à l’auteur de l’article mentionné : dans le chapitre 5 du Club des Cinq au bord de la mer, la nouvelle traduction ne montre plus les enfants aller à la messe mais… au marché. Après la découverte des portables par nos quatre enfants, c’est un peu le coup de grâce. Mais quel est le but de la manœuvre ? Pour le racisme ou le sexisme, on se dit au moins que ce sont effectivement des choses qu’on aimerait voir disparaître de nos sociétés. Mais la religion ? Le christianisme et la messe sont-ils des choses si abjectes qu’il faille absolument éviter d’en donner aux enfants la moindre connaissance ?

Le point commun de ces deux affaires, c’est le mépris de notre histoire, de notre passé, donc de notre culture et de notre civilisation, bref de ce que nous sommes. Tout est là : nous cherchons à faire oublier – et pire, à oublier nous-mêmes – ce que nous sommes, ce qui constitue notre richesse, notre apport essentiel à l’humanité. Pris dans le culte de la fuite en avant pour elle-même, nous jetons sur ce qui se trouve derrière nous un regard méprisant et condescendant. Ce faisant, nous oublions deux choses.

La première, c’est que toute œuvre d’art est historiquement datée, donc liée à une époque et dépendante d’un contexte. Il peut y avoir des préjugés racistes et sexistes dans le Club des Cinq, ou dans Tintin au Congo. Céline était antisémite ; Voltaire aussi. Sade écrivait des textes pédophiles, mais Gide et Montherlant faisaient de même. Aristote défendait l’esclavage, et Hésiode écrivait que les femmes étaient le pire fléau qui se soit abattu sur l’humanité et la source de tous ses maux – et je ne parle même pas des textes sacrés de la plupart des religions monothéistes. Enid Blyton peut aller se rhabiller. Allons-nous réécrire toutes ces œuvres au motif que nous ne pensons plus de la même manière aujourd’hui ?

Ce serait oublier – et c’est en effet notre second grand oubli – que nous aussi, nous sommes datés. Nietzche dénonçait déjà cette erreur commune à tous les temps : la conviction d’être parvenu au terme et au sommet de l’Histoire. Les Romains regardaient comme barbares les sacrifices humains des Celtes et des Carthaginois ; ils ne se doutaient pas que nous porterions le même regard sur les combats de gladiateurs. Jusqu’au XVIIIe siècle au moins, les autorités de toutes les Églises chrétiennes considéraient comme absolument normal et même nécessaire d’envoyer les sorcières au bûcher et de massacrer ceux qui n’adhéraient pas au dogme officiel. Nous croyons-nous différents ? Dans deux cents ans, une grande partie de ce qui est notre quotidien, que nous considérons comme normal, nécessaire ou même plaisant, sera abominable à nos descendants.

La tentation de réécrire le passé est le propre d’une société soumise à un tropisme totalitaire ; Orwell la dénonçait déjà dans 1984. Ce n’est donc pas en nous reniant nous-mêmes que nous pourrons réellement progresser. Bien au contraire, c’est le refus de ce que nous sommes qui rend difficile le dialogue international, problématique l’intégration de populations nouvelles sur nos territoires, et qui aggrave chaque jour un peu plus les fractures internes à nos sociétés. Soyons conscients que nos civilisations ont écrit des pages qui sont parmi les plus noires de l’Histoire humaine ; soyons aussi conscients qu’elle en a écrit quelques-unes des plus belles.

dimanche 24 janvier 2016

Si Taylor Lautner voulait bien me filer son corps, histoire que je puisse y greffer ma tête…


Dans That Hideous Strength, troisième et dernier volet de sa Trilogie cosmique, C.S. Lewis, auteur des Chroniques de Narnia et grand ami de J.R.R. Tolkien, avait imaginé un laboratoire monstrueux au cœur duquel des scientifiques maintenaient en vie la tête coupée d’un homme guillotiné afin qu’elle pût être possédée et animée par une force démoniaque.

Plus près de nous, la série télévisée Dollhouse imaginait un autre merveilleux progrès : la possibilité de traiter le cerveau humain comme un simple disque dur, par exemple pour le vider des données qu’il contient et les remplacer par d’autres, extraites d’un autre cerveau : un moyen comme un autre de devenir immortel, et en plus en ayant le choix du corps dans lequel on va poursuivre l’existence (viens là, Taylor). Jusqu’à ce qu’à son tour, il se dégrade, nous forçant à en choisir un autre et à prendre possession de son cerveau. Réjouissante perspective, non ?

Une fois de plus, la réalité de la civilisation techno-industrielle rattrape peu à peu la fiction. Après de nombreuses expériences réussies sur des souris, une équipe de chercheurs chinois a réussi à greffer la tête d’un singe sur le corps d’un autre – il serait d’ailleurs plus rigoureux de dire que c’est le corps qui a été greffé sur la tête, non l’inverse. Les auteurs affirment tenir la preuve que ce type de transplantation est « prêt pour les humains ». Miam.

Évidemment, tout n’est pas parfaitement au point. Le singe greffé a été maintenu en vie pendant vingt heures – on est encore loin de l’immortalité. Mais personne ne peut sérieusement nier que les progrès seront rapides. On peut imaginer que, d’ici quelques décennies au plus, la greffe tiendra sans limitation de durée. Les expériences sur les cadavres humains ont d’ailleurs déjà commencé, toujours en Chine – on ne soulignera jamais assez les avantages d’une bonne vieille dictature communiste pour le progrès scientifique et technique.

Sergio Canavero, un des membres de cette fine équipe, estime qu’il s’agit d’une « vraie victoire pour l’humanité ». Il pense, par exemple, à refaire marcher les tétraplégiques. Sans nier ce genre d’intérêts éventuels, j’avoue être beaucoup plus sceptique. Bien sûr, ça n’offre pas la solution de l’immortalité : la greffe de corps n’empêchera pas le vieillissement du cerveau, et donc, à terme, la mort. Mais ça offre tout de même des solutions de survie dans tout un tas de situations : cancer sans métastase au cerveau, problèmes cardiaques, dysfonctionnements divers… Or, qui pourra servir de donneur ? Peu de gens : il faudra des gens en état de mort cérébrale, mais dont le corps est en parfait état ; ce n’est pas si commun.

Autrement dit, la demande excédera immédiatement l’offre, et de très loin. Dans ces conditions, comment imaginer que les riches, les politiciens, les élites, voire les chercheurs, bref tous ceux qui auront les moyens économiques, politiques ou techniques de profiter de cette chance, ne céderont pas à la tentation ? Comment garantir qu’on n’ira pas de servir dans les prisons, dans les bidonvilles ou chez les marginaux ? Voire que des gens ne seront pas spécialement élevés pour servir de donneurs, façon Auprès de moi toujours ?

Les problèmes éthiques couramment envisagés à propos de ce genre d’expériences biotechnologiques sont donc bien plus importants que les simples questions usuelles (« Quelle est l’identité de la personne qui a sa tête mais le corps d’un autre ? » ; « Dans quelles conditions a-t-on le droit de disposer d’un corps cliniquement mort ? » etc.) : une fois de plus, la puissance technique de l’humanité dépasse, et de plus en plus loin, son niveau d’avancement moral et spirituel.

Ça n’augure rien de bon, vous pouvez m’en croire. Décidément, la belle humeur dans laquelle Sarko m’avait mis n’aura pas duré longtemps.

vendredi 22 janvier 2016

La Manif Pour Tous : chronique d’une défaite annoncée


Il ne faut pas que je boude mon plaisir : c’est rare que l’actualité m’en donne autant. C’est encore plus rare quand ça vient de Sarkozy. Et surtout, c’est rare que j’aie raison et que ça me plaise : en général, la réalité confirme mes pronostics, mais ça me désole. Tandis que là, mmmmm ! qu’est-ce que c’est bon. Qu’est-ce que j’ai aimé cette séquence ! J’ai nommé : « le grand reniement de Nicolas Sarkozy façon saint Pierre ». Ou « Sarko à contre-Sens commun ». Ou encore « attention, Sarko ne met plus de beurre ».

Mais que s’est-il donc passé pour mettre le sombre, le pessimiste Meneldil en joie ? Nicolas Sarkozy sort un livre intitulé La France pour la vie (il paraît qu’il voulait l’appeler Président pour la vie, mais que son conseiller en com’ a dit non). Jusque-là, pas de quoi sauter au plafond. Mais dans ce livre, que dit-il ? Que s’il récupère le pouvoir, il ne reviendra pas sur la loi Taubira.

Quoi ? Ô surprise ! Mais quel étonnement ! Oui, croyez-le ou non, il y a des gens qui ont l’air de vraiment tomber des nues. Allez, je ne résiste plus, je vous balance la première, ma préférée : Madeleine Bazin de Jessey ! Porte-parole de « Sens commun », association intégrée à l’UMP et dont la vocation est justement de pousser ce parti à abroger la loi Taubira, mais également secrétaire nationale dudit parti (nommée par Sarko, me semble-t-il) ; et on voit qu’elle n’est pas contente, mais alors là pas contente du tout. Regardez, je vous la fais en triptyque, façon Philippe de Champaigne :


Regardez-moi la gueule de six pieds de long qu’elle tire ! Aux dernières nouvelles, elle aurait été contactée pour doubler Dégoût dans Vice versa 2. Elle n’est d’ailleurs pas la seule à tirer la tronche. Hervé Mariton, dont le combat se résume à peu près à l’abrogation de la loi Taubira, mais qui trouve que c’était bien suffisant pour justifier sa participation à la primaire de l’UMP (6,3% des voix), dénonce le « parjure » de son patron. Jean-Frédéric Poisson, du Parti Chrétien-Démocrate (celui de Christine Boutin, au cas où son intense rayonnement médiatique vous aurait échappé), se demande « où est passée la droite ».

Et pourquoi ils sont si fâchés, ces braves gens ? Parce que Nico la leur avait promise, l’abrogation ! Mais si, souvenez-vous, à ce meeting de Sens commun, justement, pendant la primaire pour la présidence de l’UMP, en novembre 2014 :


C’était encore un grand moment, ce meeting. Qu’est-ce qu’il était mal, ce pauvre Sarkozy ! Qu’est-ce qu’ils le faisaient chier, ces militants de Sens commun, à vouloir le forcer à clarifier sa position ! Il n’est pas bête, et il avait parfaitement compris qu’il avait le cul entre deux chaises, pour ne pas dire la tête dans un étau. D’un côté, il savait pertinemment qu’il ne reviendrait pas, en fait, sur la loi Taubira, s’il était élu, ni pour l’abroger, ni pour la réécrire ; il savait bien que le mariage pour tous serait un non-sujet pour l’élection présidentielle de 2017, contrairement à ce dont LMPT essaye désespérément de se convaincre ; mais en même temps, il savait aussi qu’il avait réellement besoin des anti-Taubira pour gagner la présidence de l’UMP.

Aussi sortait-il des phrases alambiquées. « Avec le mariage pour tous tel qu’il est organisé, la séparation entre la filiation et le mariage est impossible, et à ce moment-là, si nous gardons les choses en état, cela voudra dire qu’on ne pourra pas faire la différence entre un mariage homosexuel et un mariage hétérosexuel dans ses conséquences sur la filiation, donc ça ne sert à rien de dire qu’on est contre la GPA ou contre la PMA si on n’abroge pas la loi Taubira puisque la loi Taubira justement conduira à ça. » La journaliste de BFM-TV, croyez-le ou non, estime qu’il a « clarifié sa position ».

Bon, il avait quand même dit des choses plus explicites : « la loi Taubira devra être réécrite de fond en comble ». Hurlements de la salle : « A-brogation ! A-brogation ! » Sarko fou de rage. Il le cache, mais ça se sent : « Parfait ! Parfait ! [Il est coupé par la foule] Parfait ! Quand on dit que la loi va être réécrite de fond en comble, si vous préférez qu’on dise qu’on doit l’abroger pour en faire une autre, en français ça veut dire la même chose, mais ça aboutit au même résultat ! Enfin, si ça vous fait plaisir, franchement ça coûte pas très cher. »

Ah ah, le piège ! Ça, ça s’appelle plier sous les huées : vox populi, vox dei. Sauf que bien sûr, dans la politique contemporaine, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Pas étonnant qu’après un tel discours, et même si on sentait bien qu’on lui avait un peu forcé la main, la frange homophobe de l’UMP ait la gueule de bois. LMPT, qui sait écrire, tweete lestement : « Allo Nicolas Sarkozy ? Pas d’abrogation, plus d’élection ! » Mais non, pauvre cruche : la seule élection où il avait besoin de vous, c’était celle de la présidence de l’UMP, et il l’a gagnée, en partie grâce au mensonge qu’il vous a fait avaler. Maintenant, il n’a plus besoin de vous ; pire : vous êtes en train de devenir un gros boulet.

Mais aussi, si vous lisiez un peu blog, les gens de la Manif pour Tous ! En novembre 2012, je vous le disais déjà, que la droite au pouvoir ne reviendrait pas sur la loi Taubira. Que non seulement les « démariages » proposés par Valérie Pécresse et d’autres étaient une absurdité totale, mais qu’il n’y aurait pas d’abrogation, et pas même de réécriture. Suivez, bon sang !

C’est d’autant plus vrai qu’à présent, tout le monde va se lâcher, à l’UMP – euh, pardon, chez les Républicains. Pécresse avait déjà bien retourné sa veste (indispensable si elle voulait gagner l’Île-de-France) ; maintenant que Sarko, donc le grand totem du parti, a fait de même, tout le reste va suivre. On va voir la différence, à droite, entre ceux qui étaient vraiment contre le mariage pour tous, par conviction, et ceux qui ne faisaient que suivre la rue : seuls les premiers vont continuer à se battre contre vents et marées, sans « rien lâcher », comme ils disent. Mais on va voir, pour ceux qui ne s’en étaient pas encore rendu compte, qu’ils sont bien peu nombreux, et que ce sont tous des gens qui n’ont aucune chance de l’emporter. Les seconds, eux, vont tous entonner le même couplet : « c’est vrai, là-dessus, j’ai changé… Ah oui, c’est vrai, j’ai réfléchi… C’est-un-sujet-sur-lequel-j’ai-évolué… On-a-bien-le-droit-de-changer-d’avis… »

Bref. Rien de surprenant dans tout ça, mais c’était quand même une bonne séquence. Comme disait Al Pacino dans L’avocat du diable : « Ah ah! Invigorating. »

dimanche 10 janvier 2016

L’UE et la démocratie sans pouvoir face au totalitarisme

Vais-je finir par me lasser ? Les exemples se suivent et se ressemblent pour confirmer ce que Tol Ardor annonce depuis des années déjà.

Un peu d’exotisme, d’abord : commençons par ce qui se passe en Pologne. Le gouvernement conservateur fraîchement élu a dans un premier temps modifié illégalement la composition du Tribunal constitutionnel du pays, sa plus haute juridiction, afin d’avoir les mains libres pour pouvoir appliquer son programme tranquillou-quillou. Ils ont bien raison : ce serait quand même bien con de se laisser emmerder par des magistrats (des « petits pois », selon Sarko, souvenez-vous) qui pinaillent sur une broutille comme la Constitution quand on a la légitimité démocratique avec soi, pas vrai ? C’est bien le principe, après tout : le peuple est souverain. Souverain, bordel ! « Souverain », ça veut dire qu’il impose sa volonté à qui il veut, et que personne ne lui impose sa volonté. Donc, les gouvernements précédents (ceux qui avaient rédigé ladite Constitution) n’ont pas à imposer leur volonté (comprenez : à emmerder) le gouvernement nouvellement élu, donc expression de la volonté populaire souveraine, qui fait donc ce qu’il veut. CQFD.

Évidemment, nos amis polonais n’allaient pas s’arrêter en si bon chemin. Il y a une dizaine de jours, ils ont également pondu une loi mettant fin aux mandats des dirigeants de la radio et de la télévision publiques. Ben oui, soyons logiques : si on met les juges au pas, autant faire pareil avec les journaleux. D’ailleurs, le chef du groupe parlementaire du parti au pouvoir, « Droit et justice » (euh, comment dire… a very poor choice of words), n’y va pas par quatre chemins : « Les médias ne pouvaient pas critiquer constamment les changements de loi mis en place par le PiS. » Ah, d’accord. Les médias publics « ne peuvent pas » critiquer le gouvernement.

Bon, mais l’Union européenne va réagir, n’est-ce pas ? C’est quand même une atteinte assez grave à la liberté de la presse et au pluralisme des médias. Qu’est-ce que vous croyez ? C’est déjà fait, mon bon monsieur ! La Commission européenne a en effet annoncé, j’espère que vous êtes assis, qu’elle allait commencer l’étude d’une procédure (faudrait quand même pas aller trop vite) afin d’évaluer les risques de « menaces systémiques envers l’État de droit » en Pologne. Pesez bien chaque mot : on va commencer à réfléchir à un truc pour évaluer le risque présenté par le gouvernement polonais. Ils doivent trembler, les types.

Ça ne vous rappelle rien ? Il y a quelques années, la Pologne, déjà elle, avait annoncé qu’elle désirait réfléchir à un rétablissement de la peine de mort. L’Union européenne avait déjà réagi avec la dernière fermeté en disant que ce n’était pas bien. Il y a aussi la Hongrie, dirigée par le gouvernement de droite dure, pour ne pas dire d’extrême-droite, tenu par Victor Orban : là encore, l’Union européenne n’a pas trouvé les moyens de réagir à sa dérive liberticide, pourtant extrêmement inquiétante.

Voilà donc un premier point : l’Union européenne est un merveilleux outil économique ; elle nous apporte une grande prospérité et un confort matériel exceptionnel. Mais elle n’est que cela : elle n’a qu’un faible pouvoir politique, non seulement sur la scène internationale, mais même envers ses propres membres. Pour ce qui est de préserver nos libertés fondamentales de l’appétit de nos dirigeants, il n’y a plus personne (sauf pour crier, bien sûr).

Et chez nous, à présent ? Parce qu’on ne va pas faire que taper sur l’Europe de l’Est ; on a aussi largement de quoi balayer devant notre porte. Eh bien chez nous, la réforme constitutionnelle voulue par l’exécutif (et, avouons-le, par 9 Français sur 10) a de bonnes chances de passer, grâce à la belle union entre le PS et l’UMP, qui tels les cochons et les hommes dans La ferme des animaux, sont de plus en plus difficiles à distinguer l’un de l’autre.

Les joyeux drilles qui nous gouvernent se lâchent de plus en plus. Ainsi, Jean-Vincent Placé, qui ne perd que rarement l’occasion de dire une connerie, propose d’étendre la déchéance de la nationalité française à tout le monde, histoire qu’elle ne soit pas réservée aux binationaux. Ça créera des apatrides, en contradiction avec les droits de l’homme et les traités internationaux ? Pas grave, on n’a qu’à modifier les traités ! Sic. Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy, en ballottage serré avec M. Placé pour le titre de l’énormité du mois, demande que soient assignés à résidence avec bracelet électronique tous les fichés S, comme ça, juste parce qu’ils ont été fichés par les services secrets. Guillaume Larrivé, un de ses fidèles, et accessoirement député (comme quoi ça ne veut plus dire grand-chose), demande que soient déchus de leur nationalité française non seulement ceux qui auront commis des crimes terroristes, même aussi ceux qui seront condamnés pour de simples délits en la matière. Pourquoi pas ? L’avantage quand on a déjà passé les bornes, c’est qu’il n’y a plus de limites.

Pour conclure, ai-je besoin de faire un dessin ? Ce sont des gouvernements démocratiquement élus, expression de la souveraineté populaire, qui, partout en Europe, mettent en place des mesures liberticides qui ne peuvent que nous mener, à terme, vers le totalitarisme.

On ne peut même pas se réfugier derrière l’idée que nous ne serions pas dans de vraies démocraties mais dans des ploutocraties puisque, que ce soit vrai ou pas, ces mesures liberticides bénéficient d’un exceptionnel soutien de la part des populations. Le parti au pouvoir en Pologne ne fait qu’appliquer le programme sur lequel il a été élu. Quant à nous, quand plus de 80% des Français affirment soutenir les mesures projetées par le gouvernement, on ne peut pas faire semblant de croire que notre politique serait moins dangereuse pour nos libertés fondamentales si nous étions dans une vraie démocratie.


Et pour couronner le tout, l’Union européenne, qui était censée, entre autres, assurer le respect de nos grands principes politiques, s’en révèle absolument incapable. Bref, on n’a pas les couilles sorties des ronces.

lundi 21 décembre 2015

Pape François, je ne vous félicite pas (trop)

Père évêque,

Cette année, la Slovénie aurait pu devenir le premier pays de l’ex-bloc soviétique à légaliser le mariage des couples homosexuels. Elle était bien partie, puisque la loi avait été votée par le parlement. Mais un référendum d’initiative populaire en a décidé autrement : 63,12% des 35,65% de votants (autrement dit 22,5% des électeurs, moins d’un quart !) ont suffi à bloquer cette réforme.

Or, vous avez une part de responsabilité dans ce résultat, car vous avez personnellement appelé à voter « non » au référendum. Que la démocratie est un système peu efficace et que les masses populaires sont décidément peu propres à prendre de bonnes décisions n’est donc pas le seul enseignement de ce scrutin. J’en souligne un autre : vous n’êtes pas seulement le pape de progrès et d’ouverture qu’on retient souvent de vous.

À vrai dire, je le savais déjà. Dès votre élection, je savais que vous seriez le Barack Obama de l’Église : nettement moins pire que vos prédécesseurs, permettant de réels progrès sur certaines questions, mais conservateur sur l’essentiel. Je savais que beaucoup seraient déçus, et j’ai toujours essayé de modérer l’enthousiasme de certains de mes amis sur votre pontificat. Tant de gens ont cru qu’avec vous, tous les problèmes de l’Église allaient se résoudre, et que le Magistère allait enfin nettement évoluer sur certains sujets polémiques !

Et sur beaucoup de choses, vous avez en effet fait bouger les lignes, et je vous en remercie. Vous venez encore de le prouver, chacun de vos discours à la Curie est un grand moment de bonheur. Vous essayez de focaliser l’Église sur l’essentiel : l’attention aux pauvres, aux exclus, aux marginaux, aux migrants. Vous visitez les prisonniers. Je pourrais continuer la liste de vos bonnes œuvres, elle est longue.

Et pourtant, il vous arrive, à vous aussi, de faire des bêtises, comme avec ces pauvres Slovènes. C’est normal, après tout : vous n’êtes qu’un homme, et ce n’est peut-être pas plus mal que vous ne soyez pas trop parfait, histoire que certains d’entre nous ne l’oublient pas (la papolâtrie est un risque qui guette tous les catholiques, même les plus réformateurs). Mais moi, j’ai beau être lucide, pour ne pas dire pessimiste, j’ai beau m’attendre toujours au pire, je suis quand même déçu quand un leader que j’estime et que j’apprécie empêche le Plan de Dieu d’avancer – et perd une bonne occasion de se taire.

C’est pour ça qu’aujourd’hui, pour une fois, je ne vous félicite pas.

Je ne vous félicite pas d’avoir appelé à voter dans un sens précis, pour le « non », plutôt que d’appeler chacun à voter en son âme et conscience, sur une question dont vous savez la complexité.

Je ne vous félicite pas d’avoir donné encore une fois à l’Église catholique, mon Église, le visage d’un groupe attardé et homophobe, alors que vous avez déjà prouvé que vous étiez capable du contraire.

Je ne vous félicite pas de n’avoir même pas mentionné l’existence d’avis divergents au sein de cette Église, la faisant passer pour un bloc monolithique, uniforme, unanime sur ces questions de société, alors que vous savez très bien qu’un très grand nombre de catholiques, même pratiquants, sont favorables au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels, surtout en Europe.


Je sais qu’à l’avenir, comme par le passé, vous me redonnerez des moments de grande joie, de fierté et d’espérance. Je sais que vous ferez encore de bonnes choses. Par avance, j’en suis reconnaissant. Mais « sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » ; quand vous ne me rendez pas fier d’être catholique, il est aussi de mon devoir de vous le faire savoir.

dimanche 20 décembre 2015

Nouveau missel, vieilles idées

Père évêque,

La traduction française du missel romain publié en 2002 avance apparemment à grands pas ; mais avance-t-elle dans la bonne direction ? Catholique pratiquant, je dois vous faire part de mon inquiétude.

Pour mémoire, c’est dans une instruction de 2001 que la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements avait exigé que le missel fût retraduit « intégralement et très précisément, c’est-à-dire sans omission ni ajout ». Ladite Congrégation ne prenait visiblement pas la chose à la légère, puisqu’elle avait rejeté en 2007 une première proposition.

Ils avaient évidemment bien raison de ne pas prendre le sujet à la légère. Cela étant, on peut s’interroger sur la pertinence de ce rappel à l’ordre. Que traduit-il ? À l’évidence, une volonté centralisatrice et unificatrice : tous les catholiques, sur toute la planète, sont appelés à participer à la même messe très exactement ; exception faite de la langue, aucune adaptation au contexte local, aucune expression des particularismes continentaux, nationaux ou régionaux.

Est-ce une bonne chose ? Je ne le crois pas. « Il y a de nombreuses demeures dans la maison de mon Père », nous disait Jésus ; n’est-il pas bon que les Églises locales ou nationales puissent, tout en suivant le cadre général de la messe universelle, y apporter des adaptations en fonction de leur culture, de leurs coutumes, de leurs traditions ?

Et ce qui est valable pour les rites l’est également pour la morale, pour la discipline ecclésiastique, et même pour certaines croyances. L’universalité du catholicisme ne devrait pas être comprise comme une uniformité ; de même que l’équité n’est pas forcément l’égalité, l’universalité de l’Église ne pourra pas survivre à long terme si elle ne parvient pas à se décliner au pluriel et à faire vivre une réelle diversité en son sein. Tol Ardor avait fait une proposition dans ce sens.

L’Église a un besoin impérieux d’une réelle décentralisation. Ce que dit le pape François, depuis plusieurs mois maintenant, va dans ce sens. Dans ce contexte, les exigences de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements apparaissent comme anachroniques et, pour tout dire, à contre-courant de l’Histoire.

C’est d’autant plus vrai qu’en plus de la volonté d’uniformisation, les évolutions considérées sont en elles-mêmes inquiétantes. Passe encore pour la nouvelle traduction du « Notre Père », qui, au moins, ne change pas le sens du texte original. Mais remplacer « oui, j’ai vraiment péché » par l’ancienne formule « c’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute » était-il nécessaire ? Les sciences humaines aussi bien que la philosophie nous ont appris que la question de la responsabilité de l’individu face au mal qu’il commet ne saurait être réglée entièrement par cette formule lapidaire. Le simple constat de la faute commise n’était-il pas plus intéressant ? Ne laissait-il pas un champ plus large à l’interprétation et à la réflexion personnelle de chacun ?

De même, pourquoi supprimer la magnifique formule « pour la gloire de Dieu et le salut du monde » dans la prière sur les offrandes ? « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde » : n’est-ce pas le plus parfait résumé du but de toute l’action chrétienne, et donc, a fortiori, de toute la liturgie ? Et pour la remplacer par quoi ? « Pour notre bien et celui de toute Sa Sainte Église » ! Doux Jésus, comment cette idée a-t-elle seulement pu germer dans l’esprit d’un chrétien ? Quel message cette phrase fait-elle passer ! « Prions pour nous et pour notre religion – les autres, ils peuvent crever. » Quel concentré d’égoïsme, d’égocentrisme et de fermeture d’esprit !

Je suis d’accord avec le cardinal Arinze, préfet de la Congrégation pour le culte divin, pour dire qu’il faut éviter une « banalisation du sacré ». Il a raison de dire qu’un prêtre ne doit pas accueillir l’assemblée des fidèles en disant : « Bonjour à tous, j’espère que vous avez bien dormi ». Mais il faut faire œuvre de discernement entre ce qui est de l’ordre de la banalisation et ce qui est une adaptation locale préservant le sens du sacré. « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde » n’est effectivement pas une traduction du texte latin, mais il n’y a aucune banalisation du sacré là-dedans ; et, je crois l’avoir montré, sur ce point précis, le texte français actuel est moralement et théologiquement supérieur à l’original latin.


Au printemps prochain, l’Assemblée des évêques de France se réunira pour dire « oui » ou « non » à cette nouvelle traduction, qui pourrait entrer en vigueur dans les paroisses dès le début du Carême de 2017. En l’état actuel des choses, et s’il n’est plus possible de revenir sur ces points importants, je vous demande, pour préserver la paix et l’unité de l’Église de France, de répondre « non ».

samedi 19 décembre 2015

Pauvres thuyas !

Dans le courrier des lecteurs du journal La Décroissance de décembre 2015-janvier 2016 est publiée une lettre dont l’auteur affirme avoir « beaucoup apprécié [leur] article à propos des thuyas ». N’ayant pas eu le numéro précédent entre les mains, je n’ai pas eu le plaisir de lire ledit article ; je suppose qu’il avait été publié dans la rubrique « la saloperie que nous n’achèterons pas ce mois-ci ».

Pour parodier Tolkien, je dirais : mais tout d’abord, qu’est-ce qu’un thuya ? Je pense que quelques mots d’explication sont nécessaires, étant donné la raréfaction des connaissances en jardinage (ou en biologie) de bon nombre de nos contemporains. Qu’ils sachent donc que les thuyas sont un genre de conifères à feuilles persistantes, toxiques, au bois aromatique, dont les différentes espèces sont souvent utilisées comme plantes d’ornement. Et comme ma générosité n’a pas de borne, voici la photo d’un thuya :


L’auteur du courrier se répand en invectives contre ces malheureux végétaux, et d’abord sur leur absence d’utilité : « Quand je vois dans les jardins autant d’espèces non comestibles, […] je suis consterné. » Et de se désoler sur le fait que « ceux qui ont la chance de disposer d’un terrain se contentent d’y planter des thuyas, des lauriers roses, des pyracanthas, etc., avec du gazon, ou rien du tout […] ».

Il va plus loin et dénonce spécialement les lauriers roses, « très toxiques » et « qui régulièrement [provoquent] des intoxications mortelles ». Pour lui, il faudrait au contraire, dans les exploitations forestières, privilégier les « essences intéressantes à la fois pour leur bois et pour leurs feuilles ou leurs fruits, en tant qu’aliments ».

Le mot est lâché : il y a des espèces d’arbres qui sont « intéressantes », ce qui sous-entend que d’autres ne le sont pas. Le critère ? L’utilité pour l’homme : l’arbre est sommé de produire du bois utile, des feuilles utiles, des fruits mangeables, sinon il n’a pas droit de cité. S’il a le malheur d’être carrément toxique, alors il devient plus qu’inutile : dangereux, nuisible ; on sent que la volonté d’éradication n’est pas bien loin.

Cette vision de l’écologie me semble éminemment dangereuse et malsaine, car elle accepte, probablement sans s’en rendre compte, le cadre des mentalités, des représentations du capitalisme. Le capitalisme est en effet l’idéologie selon laquelle tout doit être rentable, utile. En exigeant d’un arbre qu’il serve à quelque chose, l’auteur de cette lettre noie le jardinage « dans les eaux glacées du calcul égoïste », pour reprendre les mots de Marx et Engels. Il utilise le langage du Système technicien, celui de l’économie, de la rationalité pure, de la quantification. Il accepte, inconsciemment sans doute, le fondement même de la civilisation techno-industrielle selon Heidegger, à savoir le fait de considérer la nature comme un « fonds », un simple ensemble de ressources que nous « arraisonnons », c’est-à-dire que nous sommons de produire quelque chose en vue d’une exploitation dans notre seul intérêt.

Après qu’une de ses voisines avait fait couper un peuplier qu’il aimait, J.R.R. Tolkien avait écrit un magnifique petit conte, Leaf, by Niggle, dans lequel il représente un peintre ne parvenant pas à achever son chef-d’œuvre à la fin de sa vie. L’État apparemment totalitaire dans lequel il se trouve lui reproche de n’avoir pas aidé son voisin à reboucher son toit ; Niggle se défend en disant qu’il n’avait pas le matériel nécessaire. Le représentant de l’administration lui montre alors son tableau et lui dit : « et ça ? » Pour lui, un tableau n’est pas d’abord une œuvre d’art, c’est d’abord de la toile sur un cadre de bois, donc parfaitement adapté pour reboucher un toit ; et il va de soi que pour lui, et pour le Système qu’il représente, ces réparations matérielles passent avant la simple beauté d’une œuvre d’art « qu’on ne peut même pas utiliser pour la propagande ».

Nous devons nous garder d’une écologie purement comptable qui chercherait toujours à tout mesurer, à tout calculer, à tout quantifier. Ces choses peuvent avoir leur utilité, mais seulement si on les garde à leur juste place. Si elles deviennent l’alpha et l’oméga de notre action politique, celle-ci perdra rapidement toute référence au sentiment, à l’affectivité ; et elle y perdra son âme. Nous devons rappeler que, si nous voulons défendre la nature, ce n’est pas d’abord parce qu’elle nous est utile, même si c’est aussi pour cela : c’est d’abord parce qu’elle est belle, parce qu’elle vaut quelque chose pour elle-même, et parce que nous l’aimons pour cela.

mercredi 16 décembre 2015

La comédie de l'école

S’il y a une chose que feu les IUFM m’ont apprise, c’est que si les élèves n’aiment pas l’école, ils aiment la comédie de l’école – les cours, les matières, le rythme de la journée scolaire avec ses rites, ses passages : les retrouvailles, les récréations, la cantine, la séparation. Ce cadre est plus qu’un lieu pour eux : c’est une scène de théâtre.

Et sur cette scène, chacun joue. Il y a d’abord le jeu d’acteur, le jeu du comédien : le prof fait son cours, encourage ses élèves, leur dit qu’avec du travail chacun peut s’en sortir, leur récite la partition de la méritocratie républicaine et de l’ascenseur social ; les élèves aussi jouent leur rôle, beaucoup plus passif et silencieux il est vrai. Mais il y a aussi un autre jeu, plus ludique pour eux, plus fatigant pour nous : le jeu du chat et de la souris. Pour le prof, c’est « gotta catch’em all » ; pour les élèves, c’est « pécho-moi si tu peux ».

Et parce qu’ils aiment cette comédie, les élèves en respectent les règles. Pas les règles écrites, celles édictées par l’institution – le travail, la discipline –, mais les règles non écrites, inhérentes à leur rôle, à leur place dans cette comédie. Ils ont un rôle à tenir, face aux profs, mais aussi face aux autres élèves. Ce rôle découle en partie de leur place d’élèves dans cette comédie, mais aussi du personnage qu’ils se sont construit. Les profs aussi jouent un rôle, il ne faut pas croire ; eux aussi se construisent des personnages ; et pour eux aussi, le masque finit par coller plus ou moins au visage.

C’est aussi pour cette raison que les élèves sont immédiatement déstabilisés par ceux qui ne respectent pas les règles. Un élève pénible, ou même une classe ingérable, ne seront pas effrayés le moins du monde par un prof qui crie ; en revanche, celui qui les frappera à coups d’agenda, ou celui qui s’assiéra à son bureau et se mettra à lire son bouquin sans plus s’occuper d’eux, seront beaucoup plus efficaces, car ils sortent du cadre auquel les élèves sont habitués. Un collègue et ami me disait, il y a quelques années, que les élèves sont comme des petits vieux : ils n’entendent rien, ne voient rien, retiennent mal, et surtout sont perturbés par le moindre changement dans leur environnement (« monsieur, il m’a pris ma place »…). Avoir de l’autorité sur eux consiste souvent à les déstabiliser, à les empêcher de ronronner dans un environnement trop bien connu qui leur permet très facilement de rejouer éternellement la même scène apprise par cœur – souvent la seule qu’ils connaissent, d’ailleurs.

Je me suis souvent demandé ce qu’il se passerait s’ils venaient à se lasser massivement de cette comédie et se rendaient compte, en même temps, que notre pouvoir sur eux est à peu près nul. Car il faut ouvrir les yeux : une seule personne, souvent pas bien vaillante physiquement, contre trente ou trente-cinq gamins qui sont pour beaucoup bourrés de testostérone et en pleine forme corporelle… Pour rétablir la balance, qu’avons-nous ? Des sanctions, certes ; mais depuis l’abandon complet des punitions corporelles, objectivement, on n’a pas grand-chose. Les colles ? Les lignes à copier ? Les devoirs supplémentaires ? S’ils ne les font pas, on en est vite réduits à l’exclusion ; et ils pourraient bien deviner que les exclusions définitives seront toujours très minoritaires. Souvent, ils ont leur faiblesse (la convocation des parents, le mot sur le carnet, la colle le mercredi après-midi…) ; mais elle est différente pour chaque élève, il faut la trouver et ça prend parfois du temps. Quant à évoquer l’importance de leur éducation pour leur avenir, ça relève de l’utopie. À cet âge, pour la plupart des élèves, « leur avenir » est quelque chose de tellement lointain que ça a à peu près autant de réalité que leur mort ou que l’Apocalypse.


Ce qui est étonnant, dans ces conditions, c’est que ça marche : que ces trente gamins se laissent finalement, la plupart du temps, mater par cette seule personne, pourtant dépourvue de tout moyen de sanction un peu efficace contre eux. Souvent, je me dis que ça a quelque chose de magique ou de miraculeux. Mais je crois que la comédie de l’école n’y est pas étrangère. Finalement, même sans punitions réelles, l’ensemble tient, parce que tout le monde y tient sa place, et trouve dans le jeu un certain plaisir. Même quand on se lasse, prof ou élève, on sait bien, au fond, que the show must go on.

dimanche 13 décembre 2015

France : bientôt la prison sans jugement

L’état d’urgence et, plus généralement, les suites des attentats de novembre, rendent de plus en plus manifeste que la démocratie non seulement peut, mais va nous conduire à la dictature – dans un premier temps, en attendant le totalitarisme.

Le premier signe en a été l’utilisation des mesures d’urgence pour des choses qui n’avaient rien à voir avec leur mise en place. Les interdictions de manifester n’ont pas été limitées à celles qui étaient en rapport avec le terrorisme ou même avec l’islam : immédiatement ont été interdites les manifestations écologistes en rapport avec la COP21. De la même manière, mais en plus inquiétant, les assignations à résidence, loin de ne toucher que des gens soupçonnés de radicalisation islamiste et violente, voire d’accointances avec le terrorisme, ont frappé de nombreux écologistes : au moins sept à ma connaissance.

Que le gouvernement, l’exécutif, l’administration, la police puissent, en cas d’urgence, être dotés de pouvoirs spéciaux, j’ai déjà dit que j’en tombais d’accord. Mais ces pouvoirs spéciaux ne devraient concerner que ce qui est en rapport avec ce qui a déclenché l’état d’urgence : on ne voit absolument pas ce qui, suite à une attaque terroriste menée par des fondamentalistes musulmans, justifie ou nécessite d’assigner des écologistes à résidence.

Plus inquiétant encore, la justice semble ici largement complice du gouvernement, ou au moins sous sa coupe idéologique. Les sept militants écologistes assignés à résidence ont en effet saisi les tribunaux administratifs, pour contester la privation de liberté dont ils étaient victimes. Mais ils se sont heurtés à un mur : dans six cas sur sept, les juridictions n’ont même pas examiné leur demande, prétextant qu’elle ne présentait pas de caractère d’urgence. Ce n’est donc qu’après coup, quand leur assignation à résidence sera terminée depuis longtemps, qu’ils pourront éventuellement faire reconnaître, a posteriori, qu’elle était infondée.

Encore leurs espoirs d’obtenir satisfaction, même après coup, sont-ils assez maigres : en effet, dans le dernier cas, la justice a accepté de trancher, mais elle a donné raison au gouvernement. Notre inquiétude est donc double : d’une part l’exécutif s’arroge de manière illégitime des pouvoirs évidemment dangereux, mais en plus le pouvoir judiciaire lui donne raison sur le fond.

Mais les raisons d’avoir peur ne s’arrêtent pas là. Lorsque l’état d’urgence a été défini, en 1955, la loi permettait d’assigner à résidence les personnes « dont l’activité s’avère dangereuse pour la sécurité et l’ordre public ». La nouvelle loi va beaucoup plus loin : est désormais menacée toute personne « à l’égard de laquelle il existe de sérieuses raisons de penser que son comportement constitue une menace pour l’ordre public et la sécurité ». L’évolution est colossale : on passe de la répression d’une activité à la répression d’un comportement. Or, rien de plus flou : le fait de tenir certains propos en public, ou même de ne pas en tenir d’autres, le fait de consulter certains sites Internet, etc., tout cela peut constituer un « comportement » jugé menaçant par les autorités. Comment espérer un contrôle judiciaire sérieux d’un texte aussi flou, aussi large d’interprétation ?

Est-ce tout ? Ce serait trop beau. Reprenant une proposition de certains ténors de l’opposition, le gouvernement a demandé, tout à fait sérieusement (quoique très discrètement) que soit étudiée une proposition tout bonnement hallucinante : la possibilité pour l’État d’enfermer sans jugement des gens qui n’ont encore rien fait, mais qui pourraient éventuellement présenter un risque dans l’avenir. Non, vous ne rêvez pas. Concrètement, le ministère de l’Intérieur a demandé que soit étudiée la possibilité d’interner sans jugement dans des centres spéciaux toute personne faisant l’objet d’une fiche S durant l’état d’urgence.

Il faut bien peser ce dont il s’agit. Les fiches S (pour « sûreté de l’État ») concernent les personnes dont on pense qu’ils pourraient éventuellement constituer une menace pour l’ordre public. Un peu plus de 20 000 personnes sont concernés en France, dont environ la moitié pour leurs liens avec l’islam radical. Autrement dit, il y a dans notre pays environ 10 000 personnes qui ont une fiche S pour un autre motif : pour la plupart des militants de la gauche radicale, de la droite radicale et de l’écologie radicale, ainsi que des supporters sportifs.

Il n’est donc plus improbable que la France se décide, dans les années à venir, à permettre la mise en prison, sans jugement, de citoyens français, simplement parce qu’ils auront été désignés par les services d’espionnage comme des dangers potentiels. Guantanamo, qui contrevenait aux droits les plus fondamentaux de la personne humaine, était déjà choquant ; à présent, c’est une nouvelle étape qui est franchie, car la France s’autoriserait alors à enfermer ses propres citoyens, ce que même les États-Unis ne font pas encore.

Et si la mesure ne passe pas ? Pas de problème, l’exécutif envisage d’autres possibilités. La rétention de sûreté existe déjà en droit français, et permet de maintenir en prison, en toute légalité, des gens qui ont fini de purger leur peine (eh oui). Elle pourrait être étendue. Le gouvernement pourrait aussi, à défaut d’enfermer les gens dans des prisons, les enfermer chez eux, en les assignant à résidence ou en leur imposant un bracelet électronique, y compris en-dehors de tout état d’urgence (re-eh oui).

Pendant ce temps, en Pologne, le gouvernement nouvellement élu s’affranchit tranquillement des décisions de la plus haute autorité judicaire du pays, afin d’avoir les mains libres pour imposer ce que bon lui semble, le tout sans que l’Union européenne s’en émeuve plus que cela.

Certains se demanderont de quoi je me plains : après tout, je n’hésite pas à dire que je ne suis pas démocrate et que je soutiens au contraire un régime autoritaire ; je devrais être content ! Oui ; sauf que je défends un pouvoir autoritaire pour certaines personnes désignées d’une manière bien précise, certainement pas pour des incompétents choisis démocratiquement par d’autres incompétents. Et surtout, si je défends un pouvoir autoritaire, c’est précisément au nom de la défense des libertés fondamentales.

L’Occident montre, un peu plus chaque année, que les libertés fondamentales ne sont pas essentiellement liées à la démocratie : bien au contraire, depuis quinze ans, ce sont des démocraties qui, avec l’accord de l’immense majorité de leurs citoyens – il est important de le rappeler à l’intention de ceux qui vont venir pleurnicher que « oui mais ce ne sont pas de vraies démocraties… » –, piétinent de plus en plus les droits fondamentaux.


Prions qu’un nombre suffisants d’esprits un peu éclairés s’aperçoivent de ce danger démocratique avant qu’il ne soit définitivement trop tard pour nos libertés.