mardi 4 septembre 2012

Messieurs de Civitas, tirez les premiers !

L’institut Civitas s’apprête à frapper encore. Fin 2011, ce groupuscule aux ambitions politiques affichées avait montré son hostilité à la liberté d’expression en cherchant à faire interdire, ou à empêcher de facto, des expositions ou des pièces de théâtre par lui jugées « christianophobes », en particulier Piss Christ, Sur le concept du visage du fils de Dieu et Golgotha Picnic. A l’époque, fatigué de toujours parler de ça avec tout le monde, je n’avais pas eu envie d’en parler ici. J’aurais dû, car la liberté d’expression est véritablement menacée, et de plus en plus : autant par certains athées qui voudraient cantonner le religieux à la seule sphère privée que par certains croyants qui voudraient rétablir le délit de blasphème (et c’est un catholique pratiquant qui le dit).

Bref. Toujours est-il que Civitas, qui doit faire parler d’elle régulièrement afin de préparer sa campagne pour les élections de 2014, revient sur le devant de la scène au profit de l’actualité. François Hollande veut autoriser en France le mariage pour les personnes du même sexe ? Civitas lance une vaste campagne de lobbying visant à empêcher le projet d’aboutir. Affiches, autocollants, pétitions, d’autres choses suivront encore probablement ; ils sont très fiers et très contents d’eux.

Eh bien cette campagne, je l’attends avec impatience. Qu’on organise un véritable débat sur le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels : je ne demande que cela ! Et je vais plus loin : organisons non seulement un débat de société en France, mais organisons un débat dans l’Église ! Ainsi apparaîtra la vacuité des arguments de mes adversaires.

Aussi suis-je bien certain que Civitas, en fait, se gardera bien loin de tout débat véritable. Elle collera ses petits autocollants, utilisera ses petits slogans, jouera sur les peurs des gens, mais elle n’entrera probablement pas dans une véritable discussion.

Posons donc, nous, quelques réflexions préalables, pour déminer le terrain, en attendant qu’ils tirent.

1. Ils nous disent que le mariage, c’est un homme et une femme ; que la famille, c’est un père et une mère. Voilà typiquement le raisonnement qui tourne en rond en partant de ce qu’il veut démontrer : « Le mariage entre deux personnes du même sexe est impossible ! Pourquoi ? Parce que le mariage ne peut être qu’entre deux personnes de sexes différents. » Autrement dit, le mariage homosexuel est impossible parce que le mariage homosexuel est impossible. Mais cela, ce n’est qu’une définition possible de la famille et du mariage. Si rien ne vient conforter cette vision en raison, pourquoi ne pas l’abandonner pour une autre ? Au cours de notre histoire, nous avons déjà changé notre conception de l’État, de l’autorité, de la religion, de l’éducation ; pourquoi la famille échapperait-elle seule à cette règle ?

2. Ils nous disent que la différence des sexes est constitutive de l’humanité, qu’elle est une réalité naturelle avant d’être une réalité culturelle, et qu’elle est donc incontournable. Certes, je suis absolument d’accord ; mais cela ne justifie pas qu’on pose cette différence comme étant un élément constitutif de ce qu’on appelle une « famille » ou un « mariage » ; c’est encore et toujours une question de définition.

3. Ils nous disent que le mariage doit être ouvert aux enfants, et que les homosexuels ne peuvent pas en avoir. Certes. Mais alors, qu’ils aillent au bout de leur raisonnement : si ne peuvent se marier que deux personnes qui pourraient avoir des enfants, alors le mariage doit être rigoureusement interdit aux personnes stériles ainsi qu’aux femmes ménopausées, qui ne peuvent pas plus avoir d’enfants que les homosexuels.

4. Ils nous disent que le mariage homosexuel est interdit par la Bible. Ça ne gêne pas beaucoup les incroyants. Ça ne me gêne pas beaucoup non plus : comme je le répète sans arrêt, la Bible commande de mettre à mort les femmes qui n’arriveraient pas vierges au mariage, les apostats, les adultères et bien d’autres ; de toute évidence, il ne faut donc pas prendre tout ce qu’il y a dedans au pied de la lettre.

5. Ils nous disent que le mariage homosexuel est contraire à la volonté de Dieu, ou à la loi naturelle (deux mots pour dire la même chose). Encore quelque chose qui ne gêne pas les incroyants. Mais qui ne me gêne pas du tout non plus, car comment le savoir ? Non pas que la volonté de Dieu ne puisse être l’objet d’aucune forme de connaissance, mais elle ne peut certainement être l’objet d’aucune certitude. Moi je dis qu’il y est conforme, au contraire : pourquoi aurais-je moins raison que les autres ? Ils me répondent que le Magistère et la Tradition de l’Église sont de leur côté : certes, mais comme ils ont dit à peu près autant de bêtises que la Bible, je crains qu’on ne puisse pas davantage les prendre comme parfaitement sûrs. Je suis tout à fait d’accord pour dire qu’il est possible de porter des jugements en matière de sexualité : pour moi, la pédophilie ou la zoophilie sont objectivement mauvaises et condamnables. Mais je sais dire pourquoi : parce qu’elles impliquent des relations sexuelles avec des êtres qui, pour des raisons diverses, ne peuvent pas être considérés comme libres et consentants. Ceux qui portent un jugement moral négatif sur l’homosexualité peuvent-ils, eux aussi, expliquer les raisons de ce jugement ?

6. Ils nous disent qu’autoriser le mariage homosexuel nous conduirait à adopter plus tard d’autres évolutions comme la polygamie (certains parlent même de l’inceste ou du mariage avec des animaux). C’est évidemment stupide : parce qu’ils trouvent deux choses également ignobles, ils ne peuvent pas s’imaginer que nous aimions l’une et pas l’autre. C’est aussi idiot que de dire que si on autorise le haschisch, on autorisera forcément l’héroïne ou le LSD. Ou que de dire que si on abaisse la majorité à 18 ans, on finira par l’abaisser à 3 ans. Ou que de dire que si on monte dans un train, on ne pourra plus jamais l’arrêter et qu’on finira dans un mur. Et puis d’ailleurs, pourquoi s’arrêter à la polygamie ou à l’inceste, alors que le mariage homosexuel nous amènera sans doute au sacrifice humain et à l’anthropophagie ?

7. Ils nous disent que le mariage homosexuel fait perdre de son sens au mariage hétérosexuel. Au contraire ! Ce qui fait perdre de son sens au mariage hétérosexuel, ce sont des choses comme le PACS, qui rabaissent le mariage au rang de simple contrat parmi d’autres – ce qu’à mon avis il n’est pas. Mais justement, pour n’avoir plus besoin de ces contrats, l’idéal est d’avoir le mariage pour tous. Et que le mariage soit bien plus qu’un contrat n’empêche en rien les homosexuels d’y accéder – nous y reviendrons.

8. Ils nous disent que si les homosexuels élèvent des enfants, ces derniers auront plus de chances de devenir homosexuels eux-mêmes. Mais d’abord, quand bien même ce serait vrai, cela ne me dérangerait pas, puisque je ne considère l’homosexualité ni comme un vice, ni comme une perversion, ni comme un désordre, ni comme une maladie, mais comme une partie normale et naturelle de ce que Dieu veut pour l’humanité. Cela étant, il devrait être évident que l’homosexualité n’est pas si contagieuse ; d’ailleurs, les homosexuels qui existent aujourd’hui ne sont-ils pas tous élevés par des couples hétérosexuels ?

9. Ils nous disent que si l’on autorise l’adoption par les couples homosexuels, nous serons obligés d’accepter les mères porteuses. Pas du tout, ce sont deux problèmes parfaitement distincts, le second se posant tout autant pour les couples hétérosexuels qu’homosexuels.

10. Ils nous disent que pour se construire, un enfant a besoin d’un père et d’une mère. Là encore, il faut pousser le raisonnement : si c’est vraiment le cas, il faut interdire d’adopter aux célibataires. Qui est prêt à le faire ? En attendant, toutes les études sérieuses prouvent que les enfants élevés par les couples homosexuels n’ont pas plus de problèmes que les autres.

11. Ils disent que les enfants élevés par des couples homosexuels seront moqués et donc malheureux. Peut-être. Mais alors ce n’est pas le mariage homosexuel qui est en cause, c’est la bêtise et l’intolérance de la société. Travaillons donc à réduire cette intolérance en banalisant l’homosexualité, et le problème cessera de se poser sans qu’on ait à maintenir une injustice.

Je ne vois donc aucune raison, aucun argument pour empêcher les couples de même sexe de se marier et d’adopter des enfants. Nous avons l’occasion de mettre fin à une injustice, faisons-le ! Et qu’on ne vienne pas me parler de traitement différencié, d’utiliser un autre mot que « mariage » en y fourrant les mêmes droits ; que penseriez-vous de quelqu’un qui vous dirait que les couples interraciaux ou les couples interreligieux devraient avoir les mêmes droits que les autres, mais qu’il faudrait appeler leur union autrement que « mariage » ? Idem pour l’adoption : qu’on ne nous parle pas de « parrainage » ou autres ; ce serait par avance stigmatiser les enfants concernés comme différents.

Je vais plus loin encore, non plus en tant que citoyen, mais en tant que croyant et catholique cette fois : exactement pour les mêmes raisons que je viens d’exposer, il n’y a, pour moi, aucun obstacle théologique à ce que les homosexuels qui le désirent reçoivent le sacrement du mariage. Leur refuser ce sacrement est, de la part de l’Église, une injustice tout à fait équivalente à celle qui consistait pour l’État à leur refuser le mariage civil. Bien sûr, l’État ne va pas contraindre l’Église à changer : ce serait dramatique, chaque groupe, chaque Église est libre de faire ce qu’il veut. Mais l’Église doit comprendre qu’en la matière, elle est sous le poids de préjugés issus de son passé. Rien, aujourd’hui, ne justifie le maintien des règles qui en sont issues.

Il ne s’agit aucunement de se plier à une norme sociale : quand la société se trompe, l’Église (ou n’importe qui d’autre) a le droit et même le devoir de tenter de la remettre dans le droit chemin. Je ne dis pas toujours cela, car je ne suis pas un démocrate, et je pense que le peuple peut se tromper, surtout en matière de morale ou de conduite des affaires publiques ; mais dans le cas présent, c’est la société qui a raison contre les autorités suprêmes de l’Église.

La rentrée, c'est maintenant : faisons-la en uniforme !

La question de l’uniforme à l’école est un vieux serpent de mer qui ressort la tête de temps en temps, qui fait son petit cinéma ordinaire, crache toujours les mêmes arguments – « en Angleterre ça marche très bien » et « ça rendrait les inégalités sociales moins visibles » contre « en Angleterre ça ne marche pas du tout » et « la liberté de se vêtir prime tout » – puis replonge en voyant qu’en France, décidément, ça ne prend pas.

Je vais donc proposer de le prendre dans l’autre sens, par la queue plutôt que par la tête, en quelque sorte : oui, instaurons l’uniforme dans toutes les écoles, les collèges et les lycées de France ! Mais pas pour les élèves : pour les profs.

Pourquoi ? Parce qu’une des choses dont les enseignants manquent principalement en France, c’est de respect : respect de la part de leurs élèves, des parents d’élèves et plus généralement de la part de la société ; et qu’outre l’argent (comme je l’expliquais récemment ici même), une des choses qui commande le respect, c’est le décorum, la théâtralité, dont le costume est un élément essentiel.

Les professions qui ont de respect un besoin absolument vital l’ont d’ailleurs bien compris en instaurant un uniforme et en ne le quittant pas : les juges, les avocats, les policiers, les militaires portent, et portent fièrement, des uniformes divers. Plus le respect dû est nécessaire, plus le décorum est riche. Le paroxysme est atteint dans les cours de justice, où règne une codification stricte et pointilleuse. Tout y concourt : la posture des uns des autres (parlé-je assis ou debout ?), leur attitude (se lève-t-on quand j’entre ou dois-je me lever quand un autre entre ?), leur altitude (suis-je au-dessus des autres, à leur niveau, au-dessous ?), leur titre (suis-je procureur ou avocat général ?), leur costume (suis-je en rouge, en noir, en civil ?). Tout ce jeu d’acteur, toute cette théâtralité sont destinées à une seule chose : plonger le spectateur inhabituel (public, témoin, prévenu ou accusé) dans une atmosphère cérémonielle, solennelle, un peu pesante, voire dans une certaine peur, afin de s’assurer de son calme, de sa soumission, de son respect. En moindre, la technique des empereurs japonais : stupeur et tremblements.

Les professeurs manquent de respect : qu’ils imposent le décorum qui commande le respect. Bien sûr, il faut faire ça bien. En Angleterre, les enseignants doivent porter un uniforme : costume trois pièces pour les hommes, tailleur et jupe ou pantalon strict pour les femmes. Bonjour l’uniforme ! Ce n’est pas avec ça qu’on arrive à des résultats. Non, le manque de respect est allé trop loin, il faut de la radicalité : il faut la robe noire. Imposez-la, et vous verrez les élèves regarder les enseignants d’un autre œil ; qu’on reçoive les parents en robe noire et assis sur une estrade, ils ne tiendront plus les mêmes discours.

Certains craindront le ridicule ; mais on n’est ridicule que de ce qu’on n’assume pas. Certains diront que les enseignants, comme les avocats, devraient payer leur robe ; mais que sont quelques euros face à des classes impressionnées ?

Évidemment, ça ne se fera pas. Les enseignants français sont bien trop rétifs, dans leur majorité, à tout ce qui fleure l’autorité, la tradition, et bien souvent le décorum, justement, pour accepter une telle mesure. C’est bien regrettable ; mais en demandant à la fois le respect et la possibilité de rencontrer les parents en débardeur ou même en maillot de bain, ils demandent le beurre, l’argent du beurre et la culotte de la crémière.

lundi 3 septembre 2012

Si j'étais Dieu en les voyant prier, je crois que je perdrais la foi...

Le plus dur quand on est catholique pratiquant (comme moi), c’est de devoir faire face aux autres catholiques pratiquants. Charlie Hebdo avait fait scandale avec son fameux dessin représentant Muhammad se cachant les yeux devant des extrémistes islamistes et se désolant : « C’est dur d’être aimé par des cons… » ; je crois que là, on peut faire pareil avec Jésus ou même Dieu le Père face à l’avalanche des attaques des bigots bien de chez nous.
                                
Mais qu’est-ce qu’ils ont tous ? On dirait un coup monté. Depuis des mois maintenant, par petites interventions lancinantes, régulières, dans la presse, à la télé, sur les blogs, comme un hoquet qu’on oublie et qui n’en finit de vous pourrir une belle après-midi, tout ce que la fille aînée de l’Église (tu parles…) compte de cul-cul, de gnan-gnan, de plan-plan, de popotte, semble s’être passé le mot pour forcer les derniers rescapés des gastros de l’été à vomir ce qu’il leur reste de tripes après les churros frelatés des plages landaises.

On avait eu Philippe Arino, homosexuel qui va clamant sur toutes les chaînes de télé que décidément, l’abstinence, c’est le top, et écrivant que la masturbation « dit une relation à soi-même consumériste » puisqu’on « se place en principale source de son propre plaisir » (et c’est mal, ça, mon Philippe ? tu saurais m’expliquer pourquoi, des fois ?).

On avait eu Natalia Trouiller écrivant sur son blog, Nystagmus, un billet intitulé « Sexe : et si l’Église avait raison ? », billet qui a fait hurler de rire ou de terreur tout ce que le Net compte de réseaux sociaux : elle y vantait sa vie sans contraception réelle, affirmant que le contraire, la privant de son rôle de mère, reviendrait à une « amputation » (fichtre, rien que ça), et que la contraception était « un esclavage », puisqu’elle mettait « votre sexualité sous le contrôle d’un toubib ». A ce compte-là, la médecine tout entière elle-même serait donc une vaste traite négrière moderne, puisque après tout, si je vais voir un médecin pour qu’il soigne ma grippe, je mets aussi ma santé sous son contrôle. Et elle nous expliquait bravement, pour finir, que « la masturbation génère la frustration » et « ne peut pas nous rendre heureux ».

On avait eu Pneumatis, homme marié et père de famille, toujours son blog, faisant un « éloge de l’abstinence » et nous blablatant qu’il « ne peut y avoir de sexualité vraie sans abstinence volontaire » pour apprendre à « me dominer moi-même » plutôt que de « dominer l’autre ». Dans un gloubiboulga pseudo-philosophique, il opposait la volonté libre à la concupiscence, comme si la volonté ne pouvait pas librement choisir de suivre ce qu’il appelle la concupiscence. Puis, sans doute complètement défoncé au LSD ou à quelque chose de pire, il demandait non seulement qu’on restât vierge jusqu’au mariage, mais encore de « poursuivre […] par une continence volontaire les premiers jours du mariage » parce que « Dieu veut que nous voulions la virginité ». On a repoussé les limites, là.

Bref, une vraie attaque coordonnée de laïcs de différentes situations mais tous désireux de prouver que oui oui, ils vivaient bien, et avec bonheur, selon l’enseignement et le magistère de notre sainte mère l’Église (sous-entendu : donc tout le monde peut le faire, donc c’est forcément vraiment génial). Et je ne parle même pas du reste, de Patrick Kéchichian, expliquant dans Le Monde que, sur le mariage homosexuel, la position de l’Église « ne pouvait changer » (alors qu’elle a si souvent changé sur tant de sujets, quoi qu’on en dise), et que donc le cardinal Vingt-Trois était dans son rôle en faisant prier pour qu’on n’autorisât pas le mariage homo, ou de Pascal-Emmanuel Gobry disant qu’il était souvent critique de l’Église, mais que sur la sexualité, quand même, fallait bien avouer qu’elle avait 100% raison.

Déjà, cette avalanche me donnait une furieuse envie de me ruer sur des sites de cul, voire dans les bras réconfortants d’une (ou d’un, tant qu’à y être) prostitué ukrainien qui m’aurait fait oublier ces bêtises. Au lieu de ça, j’ai préféré répondre à leurs attaques. Alors :

1. Ils disent qu’on voudrait forcer l’Église à être en accord avec notre époque, ou à se rendre plus attirante. Pas du tout. Pour ma part, je ne suis aucune autorité de manière aveugle, qu’il s’agisse de l’Église ou du temps présent. Je regarde la position des uns et des autres et je réfléchis. Et même si j’aimerais évidemment que l’Église séduisît plus de monde (ce qui, en ce moment, ne risque pas d’arriver), je n’en fais pas le but de mon action. Si je voudrais que l’Église acceptât le mariage gay, ce n’est pas parce qu’il est à la mode, ni pour la rendre attractive à mes contemporains ; c’est parce que le mariage gay me semble objectivement bon et conforme à la volonté de Dieu.

2. Ils disent qu’on refuse l’idée de « loi naturelle », et nous taxent en conséquence de relativistes. Pas du tout. Je crois effectivement qu’il existe une « loi naturelle », autre mot pour désigner la volonté de Dieu. Je ne suis donc nullement relativiste : je crois qu’il y a des choses que Dieu veut, et qu’on peut appeler « bonnes », et d’autres qu’Il ne veut pas, et qu’on peut appeler « mauvaises ». Seulement voilà, je ne crois pas que l’Église ait une vision correcte de cette loi naturelle : selon moi, la loi naturelle existe bel et bien, mais le mariage homo, l’adoption par les homos, la masturbation, les plans à quatre ou le sexe avant le mariage sont parfaitement conformes à cette loi naturelle.

3. Ils disent que la Bible dit le contraire, et c’est vrai, mais bon, elle interdit aussi de manger du porc ou de se raser la barbe sur les côtés, elle autorise à posséder des esclaves et elle commande de mettre à mort les blasphémateurs, et ils n’ont pas l’air de prendre tout ça trop au pied de la lettre ; alors pourquoi les passages sur l’homosexualité ?

Ça aurait pu s’arrêter là, et mon post aurait été assez long. Mais la goutte de gras qui a fait déborder mon petit vase, c’est un article de Jean Mercier sur son blog. Une belle tête de vainqueur, lui. Peut-être même le champion du monde. Non content d’insulter la mémoire de feu le cardinal Martini en utilisant sa récente mort pour dire tout le mal qu’il pense de ses prises de position progressistes (franchement, Jeannot, t’aurais pas pu attendre un mois, le temps de faire croire que tu avais un peu de décence ?), non content de compiler dans son texte tous les témoignages sus-cités, un peu comme quelqu’un qui forcerait un convive déjà visiblement victime d’une indigestion prononcée à reprendre trois fois de la blanquette de veau, ce monsieur nous rajoute sa propre louche de crème bien épaisse à avaler sous la forme de ses propres « arguments » (les guillemets sont, croyez-moi, de rigueur).

Et ses arguments, comme ceux de ses petits camarades, sont tous plus ou moins vaguement fondés sur l’idée de liberté : apparemment, pour être libre, il faut se forcer, s’empêcher, s’arrêter, et surtout obéir, évidemment. « Look, but don’t touch ! Touch, but don’t taste ! Taste, but don’t swallow ! », se moquait Satan dans L’associé du Diable. Tous ces gens, dans la même veine, nous expliquent le bonheur qu’il y a à « résister librement » à ses « pulsions ».

Eh bien à la rigueur, prenons-les au mot. Pour ma part, je me suis fait une règle de ne pas juger la sexualité des autres : tant que ça se passe entre adultes conscients et consentants, je pense que rien de mal ne peut se faire. Je ne vais donc pas tomber dans les travers que je dénonce chez eux ; je ne vais pas les qualifier de frustrés, de frigides, je ne vais pas leur conseiller d’aller se faire soigner, je ne vais pas dire que leur sexualité n’est pas épanouissante. Si elle les rend heureux, tant mieux pour eux. Si ça leur plaît d’attendre, si ça les excite davantage ensuite, qu’ils le fassent, encore que je ne vois pas bien pourquoi ils nous le racontent.

Mais par pitié, qu’ils arrêtent de considérer que ce qui est bon pour eux est forcément bon pour tout le monde. Qu’ils arrêtent de considérer que le chemin qu’ils suivent, eux, est forcément « le meilleur », comme veut absolument le croire Natalia Trouiller. Et que l’Église, avec eux, s’écoute un peu elle-même, et nous laisse enfin vraiment libres de vivre notre sexualité comme on l’entend, tant qu’on reste entre adultes libres et consentants.

Il y a peu de chances qu’ils m’écoutent. Dominique Noguez, dans une chronique du Monde du 1er septembre, parle avec une terrible justesse de « l’infini plaisir » qu’ils ont à « mettre leur nez dans les affaires intimes des autres » : « Parler à la place d’autrui, c’est le fond de leur marotte. […] Mais ce n’est pas tout. Il ne leur suffit pas d’avoir barre sur les consciences, il leur faut aussi les corps. […] Ils sont de l’antique et increvable armada des fouille-culottes, de ceux qui s’intéressent passionnément à la sexualité d’autrui, toujours pour la surveiller, si possible pour l’interdire, un peu pour la voir. »

Et moi, malgré mon amour infini de la liberté d’expression, je me sens un peu comme l’Arthur de Kaamelott. Comme à Perceval, j’ai bien envie de leur dire : « Nan mais je crois qu’il faut que vous arrêtiez d’essayer de dire des trucs. Ça vous fatigue, déjà, et puis pour les autres vous vous rendez pas compte de ce que c’est. Moi quand vous faites ça, ça me fout une angoisse ! Je pourrais vous tuer, je crois. De chagrin, hein ! Je vous jure c’est pas bien. Il faut plus que vous parliez avec des gens. »

samedi 1 septembre 2012

Nucléaire : et si... ?

Les défenseurs du nucléaire sont toujours obnubilés par deux passions : prouver que cette énergie n’est pas dangereuse pour les gens ; prouver qu’elle est bonne pour l’environnement.

Aujourd’hui, je ne détaillerai pas les diverses critiques habituelles des détracteurs de cette belle invention : le peu de sécurité des centrales, les réussites de Greenpeace dans leurs diverses tentatives d’intrusion, les risques sismiques, l’eau utilisée pour le refroidissement et qui détériore les rivières en les réchauffant, les conséquences désastreuses en cas d’accident, le fait que d’ailleurs il y a déjà eu plusieurs accidents etc., pour me concentrer sur une seule : le problème des déchets.

Problème déjà dénoncé de manière récurrente, me direz-vous, et sur lequel il n’y a sans doute pas grand-chose à rajouter : oui, le nucléaire produit des déchets ; non, on ne peut jamais les recycler entièrement ; donc oui, on n’a rien trouvé de mieux que de les enterrer alors même qu’ils restent radioactifs et donc dangereux pendant des millénaires.

Sauf qu’il y a une chose, justement, dont les gens ne sont pour la plupart pas conscients : c’est que quand on dit qu’on enterre les déchets, on ne se contente pas de creuser un gros trou très profond, de couler du béton armé sur ses parois et de jeter les déchets nucléaires dedans façon linge sale dans la corbeille dévolue à cet usage. On construit en fait une véritable usine de retraitement souterraine. Cette usine n’est pas autonome : elle nécessite des travailleurs, de l’eau, de l’électricité.

A titre d’exemple, le Centre industriel de stockage géologique, projet français qui doit entrer en service en 2025, est révélateur : bien plus grand que l’installation de la Hague, il comprendra des dizaines de kilomètres de galeries, consommera autant d’eau qu’une ville de 50 000 habitants et sa consommation électrique requerra une puissance de 72 mégawatts. Pendant une centaine d’années après sa création, il faudra à la fois commencer à l’exploiter et continuer à y creuser des galeries en y installant les éléments nécessaires.

Un centre de retraitement des déchets est donc fortement dépendant du monde extérieur et de la société installée sur le même territoire que lui.

Or, il y a quelque chose dont personne ne semble se préoccuper : c’est que toutes les sociétés sont mortelles. Évidemment, les sociétés sont comme les individus qui les composent : elles s’imaginent que ça tombera toujours forcément sur le voisin. Qui, parmi les Romains, avait prévu que leur civilisation disparaîtrait entièrement (et rapidement) sous les coups des barbares ? Les Aztèques et les Incas avaient-ils vu venir leur chute précipitée par les Espagnols ? On s’imagine toujours qu’on trouvera une solution aux problèmes qu’on rencontre, que rien ne viendra les empirer ou en profiter, que demain sera à peu près comme aujourd’hui. Mais il n’en va pas ainsi.

Je pose donc la question : qu’adviendra-t-il de nos usines de traitement des déchets radioactifs – et la question se pose aussi, bien sûr, pour les centrales nucléaires elles-mêmes, ainsi que pour les arsenaux militaires atomiques – dans l’hypothèse où la civilisation qui les contrôle viendrait à s’effondrer ? Je sais bien que cela semble improbable ; mais personne de raisonnable ne dira que c’est impossible ; et dans le cas d’un danger aussi extrême, n’est-il pas du devoir des défenseurs et partisans de la prise de risque de prévoir le pire ?

Prévoyons donc le pire ; si nos sociétés s’écroulent, si le réseau de distribution d’eau courante ou d’électricité cesse de fonctionner, s’il n’y a plus personne pour descendre dans les galeries ou entrer dans les centrales (parce que leurs ouvriers ne seraient plus payés par personne et devraient se préoccuper de leur survie immédiate), que se passe-t-il ? Combien de temps avant la fuite ou l’explosion radioactives ? Même sans attendre la chute finale d’une civilisation, il y a bien des situations plus probables encore qui pourraient entrainer les mêmes conséquences : guerre civile, cyberattaque terroriste et autres. Nous voyons après tout se multiplier les crises : écologique, économique, politique ; qui peut nous garantir que nous y résisterons en fin de compte ? Et si nous n’y résistons pas, que deviendront nos installations nucléaires ?

Cette question, il faut la poser à ceux qui nous disent que le nucléaire est sûr : le reste-t-il si la société cesse, parce qu’elle n’en a plus du tout les moyens, de s’occuper des installations actuelles ?

Quand les Romains n’ont plus eu les moyens de maintenir en état leurs tribunaux ou le réseau de leurs routes, ce fut un rude coup pour l’Europe, mais elle a fini par se redresser. En ira-t-il de même quand nous n’aurons plus les moyens de maintenir en état la centrale de Golfech ou l’usine de la Hague ?